Liberté – émancipation : introduction

Il nous appartient ce jour d’ouvrir le cycle des après-midi débats auxquelles ma Loge Maçonnique, l’Humanité Future, a été conviée par l’UFAL 91 pour décliner le triptyque républicain  « Liberté Egalité Fraternité », triptyque qui est également la devise du Grand Orient de France. C’est donc au volet « liberté » que nous allons nous intéresser plus particulièrement aujourd’hui.

Avant d’entrer dans le fond du sujet, quelques mots sur notre façon de procéder :

  • nous proposons un éclairage sur ces différents thèmes, issu des recherches et de l’expérience personnelle de frères et sœur de notre Loge;
  • sur la forme, le contenu de notre propos n’a pas la valeur d’une recherche scientifique avec la rigueur et la méthode que cela suppose, mais trouvera son intérêt auprès de vous, en tout cas c’est notre ambition! pour engager le débat;
  • que c’est, toujours sur la forme, la manière dont nous procédons en Loge que nous donnons à voir aujourd’hui, un exposé magistral puis un débat, pour échanger sur différents sujets sociétaux, et qu’il n’est point besoin d’être expert d’un domaine pour apporter, en franc-maçonnerie, sa pierre à l’enrichissement de l’autre et de soi-même
  • sur le fond, les propos qui vont être exposés, n’engagent que les personnes qui les ont écrites, mais ne représentent pas une vision unanime de la manière de penser des frères et sœur de notre Loge, entre lesquels les désaccords sont nombreux et les échanges parfois vifs, mais toujours dans le respect des principes suivants: la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, la liberté absolue de conscience

Au sens courant, la liberté est perçue comme l’absence de contrainte, qui s’exprime plus vulgairement dans l’expression « de pouvoir faire tout ce que l’on désire ». Mais il s’avère que cette liberté rencontre partout et toujours la contrainte, que ce soit en société par la loi, en morale avec la conscience morale, dans la nature avec ses lois physiques et son déterminisme général.

Deux thèses semblent s’affronter :

  • En partant de l’expérience de la nécessité, que nous démontrent abondamment les lois de la nature, les déterministes affirment que les contraintes qui nous portent dans une direction plutôt que dans une autre sont irrésistibles. Il serait impossible d’en douter car nous constatons, lorsque nous réfléchissons après coup, que le chemin emprunté l’a été nécessairement, et que si nous avons pu, au départ, nous croire libre c’est parce que nous ignorions alors les contraintes les plus fortes et les plus souterraines qui nous ont entraîné.
  • À l’inverse, les partisans du « libre arbitre » partent de notre expérience de la contingence en soulignant qu’il n’est pas niable qu’au seuil de l’action j’avais bien un sentiment de liberté et que je pouvais faire autrement que je n’ai fait si je l’avais souhaité. « Être libre, c’est donc s’éprouver comme étant à la croisée de chemins et élire un possible préférablement à un autre. »

Au cours de cette série d’après-midi, débats, échanges, nous ne chercherons pas à explorer les dimensions les plus théoriques de chacune des composantes du triptyque liberté égalité fraternité. Aussi, aujourd’hui ne rentrerons-nous pas dans une présentation détaillées des thèses des différents théoriciens de l’un ou l’autre de ces courants, ni des voies de conciliation qui ont montré qu’il n’y a pas nécessairement de contradiction à penser le même acte à la fois comme déterminé et libre.

En rationalistes, nous constatons que les lois de la physique s’appliquent à nous et produisent, tout au moins pour les corps dont la taille dépasse le micromètre, un déterminisme absolu. Indépendamment de mes efforts et de ma volonté, la pomme mûre tombera toujours à la verticale de la branche qui la porte (éventuellement sur mon front si je dors sous l’arbre), et je serai mouillé si je sors sans parapluie un jour de pluie.

En matérialistes, nous constatons que les phénomènes sociaux économiques sont marqués par un certain degré de déterminisme. Parmi la population de cadres, le groupe social le plus important est celui des enfants de cadres. De même, au sein de la population des ouvriers, mais avec comme groupe prépondérant les enfants… d’ouvriers.

Inspirés, dans une certaine mesure, par les philosophes libéraux, nous reconnaissons également la capacité individuelle à pouvoir s’extraire d’un déterminisme, mais réfutons l’idée que la seule volonté individuelle puisse les renverser dans leur globalité et leurs implications collectives.

En humanistes, nous visons à améliorer à la fois l’homme et la société, à permettre à chacun de se réaliser pleinement.

Pour nous, l’être libre s’éprouve comme la source de potentialités distinctes entre lesquelles il n’a qu’à choisir en vertu de motifs et de mobiles clairement identifiables et dûment pesés. C’est dans cette phase de délibération que réside l’action libre, car éclairée. C’est elle qui différencie la liberté formelle (car promise à tous au titre de l’égalité de droit, mais non réalisée faute des conditions adéquate) de la liberté réelle (car non seulement promise, mais rendue possible et donc exercée car proposée à des individus émancipés).

Plus que des théories de la liberté, c’est de l’émancipation, cette action réalisatrice nous conduisant à l’état de la liberté, que nous souhaitons débattre avec vous ce jour. Et plus particulièrement des conditions en permettant la réalisation.

Cet état se gagne avec :

-l’âge : d’un point de vue formel, il existe un seuil en dessous duquel nous ne sommes pas libres, nous ne sommes pas responsables ; nous ne pouvons pas nous émanciper. Et un seuil au-delà duquel chacun est présumé, sauf exception (privation de liberté, mise sous tutelle, …), être libre et jouir de ses pleins droits.

-l’éducation : d’abord celle des parents qui sont les premiers éducateurs de leurs enfants qui initient l’apprentissage de l’autonomie, la capacité de s’opposer et de se soumettre aux règles (apprendre à dire et à recevoir le non) pour être capable de se fixer, d’intégrer ses propres règles auto « soit » nomos « règles » ; et ensuite l’école, l’éducation nationale qui poursuit cet apprentissage de manière plus collective par l’intégration des règles de la vie en collectivité, l’acquisition de connaissances, et le développement de l’esprit critique qui permet de questionner ce que l’on a appris, son environnement, la société, soi même, ….

-tout au long de la vie avec la culture, l’accès au savoir, à l’information

Nous articulerons ce premier après midi débat autour de ces deux derniers thèmes.

Dans un premier temps, nous nous attacherons aux fondements de l’école républicaine, à son histoire depuis la révolution française, aux conflits qui l’ont traversé, et à sa destruction progressive sous la Vème république.

Dans un second temps, nous nous interrogerons les opportunités offertes en terme d’émancipation par la généralisation de l’accès à l’information dans l’espace numérique et la multiplication des media, et nous questionnerons sur leur caractère réel ou déceptif.