Travaux

La naissance du Christianisme (partie 2)

Au Point n°1 traitant de Dieu et de la religion, les constitutions d’Anderson indiquent :

« Un Maçon est obligé de par son Titre d’obéir à la Loi Morale et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais un Athée stupide ni un Libertin irréligieux ».

S’agissait-il de qualifier l’athée et le libertin de manière sentencieuse, ou au contraire de manifester une tolérance à l’égard d’une opinion étayée, de ne pas nécessairement voir dans la liberté une forme d’immoralité ? La question peut être posée dès lors que la bonté, l’honnêteté, l’honneur et la sincérité sont ensuite définies comme pouvant permettre de dépasser les croyances particulières.            

Ainsi les exégèses de textes dits sacrés ou fondateurs, leur confrontation entre elles et à la réalité ne permettent-elles pas à chacun de forger sa propre opinion dans la raison critique ?

Aussi le premier volet de cet exposé se concluait par : Les évangiles ne sont pas écrits pour dire l’histoire de Jésus mais pour arguer de ce qu’il devait et doit être. Il s’agissait alors de traiter de la « Passion du Christ » soit l’ensemble des événements qui ont précédé et accompagné sa mort.

Nous allons ici traiter d’une période allant de la crucifixion à la fin du deuxième siècle.

Jésus après Jésus

Jésus qu’il ait ou non existé ne peut, à la lecture du nouveau testament, être considéré comme le fondateur du christianisme. Il s’agirait là d’un anachronisme. Au premier siècle, le judaïsme palestinien est alors pluriel. Jésus comme Jean le Baptiste et beaucoup d’autres, propose une nouvelle interprétation de l’image de Dieu, mais à l’intérieur du judaïsme. Cette nouvelle conscience, à ses balbutiements, n’a donc rien de schismatique. Le mouvement chrétien n’est pas autonome, les juifs-chrétiens professent Jésus comme le messie, celui qui a reçu l’onction divine, de laquelle les païens sont complètement étrangers.

Si le mot Église est utilisé au livre des Actes, il le ne faut pas le comprendre comme aujourd’hui admis : une institution centralisée. Il convient de parler de communautés, celles d’Antioche, ou d’Alexandrie par exemple. Le nouveau testament ne nous éclaire d’ailleurs que très peu sur les modalités de diffusion de cette foi en Christ ressuscité depuis Jérusalem.  Ekklésia s’utilise alors pour désigner des groupes de fidèles se réunissant parfois à même un domicile. Quand Paul écrit toutes ses lettres, il s’adresse aux assemblées de Corinthe, de Galatie, de Philippe, ou de Rome, mais aussi à toutes celles s’en réclamant ici ou là. On parle d’ailleurs de lettres communautaires.

Ces lettres confèrent à Paul un rôle premier. Celui du grand apôtre expliquant aux communautés issues pour la plupart du monde païen, ce qu’il faut comprendre :

  • de la vie de Jésus depuis sa naissance jusqu’à sa résurrection, en passant par ses prêches et sa crucifixion,
  • du message qui lui est attribué, et comment le vivre.

Pour mieux convaincre les païens, un certain nombre de préceptes rituels seront abandonnés : entre autres l’observance du shabbat, la circoncision, manger cachère. La figure juive de Jésus est peu à peu mise à distance : de fils de David, il devient Jésus-Christ fils de Dieu, et ce faisant son égal, Dieu lui-même. Le père, le fils et le Saint-Esprit, distincts mais égaux, participent d’une même essence : le Dieu trinitaire unique en trois personnes. L’éventuel être de chair est ainsi spiritualisé.

D’après les écritures Jésus meurt crucifié. Une mort infamante réservée aux esclaves fugitifs, aux brigands. L’espoir d’une fin des temps triomphante et de l’avènement du royaume de Dieu, n’est plus.

La résurrection intervenant au troisième jour est diversement appréciée. Si l’évangile de Jean confirme la présence charnelle du ressuscité : « Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce la dans mon côté, cesse d’être incrédule »[1], Paul dans ses épîtres aux Corinthiens, suggère un corps ressuscité animé par l’esprit. L’évangéliste Matthieu, lui, signale le doute ressenti par certains : « Quand ils le virent…certains eurent des doutes »[2].

La résurrection étant un élément fondamental du christianisme, ne sommes-nous pas invités à l’envisager comme un évènement théologique, une expérience de foi des disciples, dans la vision de Jésus ? Cette dualité entre corps charnelle et corps spirituel du ressuscité, ne fait-elle pas écho à l’opposition entre les deux natures : Homme et Dieu, de Jésus vivant ?

Lorsque Paul, dans ses épîtres aux Corinthiens, écrit « …qu’il a été enseveli, et qu’il est ressuscité le troisième jour, selon les écritures, et qu’il est apparu à Céphas, puis aux douze, puis ensuite, à plus de cinq cents frères à la fois, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts » ne cherche-t-il pas à historiciser l’évènement de Pâques, en le légitimant par un argument quantitatif, plutôt qu’à relater un évènement réellement historique ?

Ce faisant pouvons-nous par ailleurs considérer Pierre comme étant le successeur de Jésus, puisque premier témoin de l’apparition du ressuscité ?

Lorsque Simon-Pierre dit à Jésus : « Tu es le Christ, le fils du Dieu vivant », et que Jésus lui répond : « …Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église…Je te donnerai les clefs du royaume des cieux. »[3], la réplique ne témoigne-t-elle pas, certes de la position prééminente de Pierre dans la communauté de Matthieu, mais aussi du recours à la symbolique du rocher de la fondation, de la pierre d’assise sur laquelle repose le temple de Jérusalem, point de jonction spirituel entre ciel et terre, maison de Dieu habitant les cieux mais visitant les Hommes ?

Les autres évangélistes sont moins élogieux, et présentent Pierre comme un disciple impulsif, gaffeur, besogneux dans sa compréhension, reniant par trois fois Jésus. Pourtant par trois fois Jésus lui pose la question « M’aimes-tu ? », et par trois fois Pierre lui répond « Oui, seigneur tu sais que je t’aime ». Cette triple confession d’amour n’est-elle pas destinée à réconcilier les différentes figures de Pierre ?

A moins qu’il ne faille finalement considérer l’une ou l’autre figure comme les prises de positions des divers rédacteurs face au pouvoir prétendument conféré à Pierre.

Comment la famille de Jésus, telle que décrite par les écritures, se positionne-t-elle ?

Jacques, frère de Jésus

Le livre des Actes fait, lui, apparaître la famille de Jésus comme prenant en charge la communauté chrétienne de Jérusalem unie, et inscrit donc le lecteur dans une succession dynastique, avec la figure de Jacques, frère du Seigneur : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères »[4].

Les évangiles semble