L’islam en France

Cette planche plutôt que l’Islam en France aurait dû s’appeler l’Islam de France ou même l’Islam français si j’avais repris mot pour mot le titre du livre d’Hakim El Karoui.
Hakim El Karoui normalien, titulaire d’un DEA de géopolitique, agrégé de géographie, essayiste, qui a été conseiller de Jean-Pierre Raffarin quand il était 1er Ministre, dont j’ai tiré de l’ouvrage la plus grande partie des éléments de cette planche que je soumets à votre réflexion. Ce livre je le tiens à disposition des S. : ou des F. : qui voudraient approfondir le sujet.

Sur la base de l’étude qu’il a réalisée pour le compte de l’Institut Montaigne avec l’appui de l’IFOP du 13 avril au 23 mai 2016, Hakim El Karoui montre les spécificités des musulmans français, de l’Islam comme nouvelle religion française. C’est évidemment une étude tout à fait intéressante par sa rareté, du fait de son objet même, puisque la loi du 06 janvier 1978 interdit la collecte de données à caractère ethnique ou religieux quand elles sont personnelles c’est-à-dire non anonymisables.
L’auteur a complété son analyse en faisant aussi référence à d’autres études, notamment l’enquête « Trajectoires et Origines sur la diversité des populations en France » menée par l’INED et l’INSEE en 2008 et 2009 et dont la 2ème édition est en train d’être réalisée depuis juillet 2019 et ce jusqu’en octobre 2020.

Je donnerai quelques éléments sur la méthode employée par l’auteur dans la première partie de cette planche, sans être trop long. Mais je trouvais intéressant de partager avec vous des faits et des chiffres recueillis de manière scientifique qui pourraient étayer notre connaissance des adeptes d’une religion qui défraie régulièrement l’actualité en ressentis et en réaction à des attaques contre la laïcité ou pire encore à des attaques tout court, c’est-à-dire terroristes.

Alors cette planche n’est pas une exégèse du Coran, j’en serais bien incapable d’ailleurs ma connaissance de ce texte étant très parcellaire. Mais quelques éléments cependant sur ce texte pour introduire le sujet.
Révélé pour ne pas dire écrit il y a 1500 ans, on trouve dans le Coran à la fois des préceptes de vie tout à fait scandaleux à nos yeux de contemporains, notamment sur la condition des femmes. Sur ce sujet, nous avons déjà cité en tenue des versets qui l’illustre. Des préceptes qu’il faudrait sans doute contextualiser par l’héritage des sociétés patriarcales préislamiques où les rapports de domination des hommes à l’égard des femmes existaient déjà.
Et puis on trouve aussi dans ce texte des idées humanistes et progressistes sur la manière de considérer l’Homme avec un grand H comme unique, sur le pluralisme ethnique, culturel, linguistique et aussi religieux:

– Par exemple, le mot arabe « Zawj » que l’on trouve dans le Coran qui signifie aussi bien homme que femme, époux qu’épouse ; l’Homme et la Femme naissant en effet d’une « âme unique » (Sourate 4 ; Verset 1), sans hiérarchie comme dans la Bible où Eve nait d’Adam et est ensuite responsable du péché originel.

– Autre exemple, par le fait qu’être musulman implique par exemple de reconnaître l’authenticité de toutes les religions avant l’Islam Sourate 2 ; Verset 136 je cite « Nous croyons en Dieu, à ce qui a été révélé à Abraham, à Ismaël, à Isaac, à Jacob et aux tribus ; à ce qui a été donné à Moïse et à Jésus ; à ce qui a été donné aux prophètes, de la part de leur Seigneur. Nous n’avons de préférence pour aucun d’entre eux ; nous sommes soumis à Dieu. »
Des références que j’ai trouvées dans la série d’études intitulée « Valeurs d’Islam » menée par la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) en 2015.

L’Islam n’est donc pas un tout homogène, mais l’agrégat d’une multitude de tendances, nuances et d’interprétations, sans d’ailleurs de mon point de vue que l’une soit plus légitime que l’autre. Les salafistes qui tirent du Coran la justification de leur rigorisme et de leur bellicisme sont-ils plus légitimes que les soufis qui en font un texte d’amour et de paix ? Personnellement, je ne le crois pas, l’Islam étant ce qu’en font les musulmans.
Le problème est que le terrain culturel, cultuel, idéologique, social, politique, est davantage occupé par les premiers que par les seconds ce qui laisse croire qu’il n’y aurait qu’une manière d’interpréter le Coran, la leur et diffusant l’idée qu’un musulman modéré est modérément musulman. J’y reviendrai dans la seconde partie de mon exposé.

Un exposé qui se divisera donc en 2 parties.
I. La description que fait l’auteur des Musulmans français et de leur pratique de l’Islam
II. La tentation de l’islamisme qui caractérise notamment les plus jeunes
Pour terminer par une Conclusion en forme de préconisations à partir du constat dressé plus haut.

I. La description que fait l’auteur des Musulmans français et de leur pratique de l’Islam

A). Quelques mots d’abord sur la méthode employée.

L’étude a suivi la méthodologie des enquêtes d’opinion, contrôlée par la CNIL.
15 459 personnes de plus de 15 ans ont été interrogées, représentatives de la population française résidant en France métropolitaine, le but étant d’arriver à obtenir, à partir de cette base globale, au moins 1000 réponses de personnes se déclarant comme musulmanes ou ayant un lien avec la religion musulmane.
Parmi elles, 874 se définissaient comme « musulmanes » et 155 comme « non musulmanes ayant des parents musulmans ». L’enquête a donc porté sur l’étude de cet échantillon de 1029 personnes.

B). Trois enseignements démographiques généraux.

Premier enseignement. L’Islam est très minoritaire en France.

Le nombre de musulmans estimé par cette étude est de 5,6% (=les 874) de la population métropolitaine des plus de 15 ans. Ce qui correspond à une fourchette moyenne si l’on compare à d’autres chiffres que j’ai pu trouver sur internet.
Par exemple, sur Wikipédia, en fonction des méthodes de calcul retenues, la fourchette estimée du nombre de musulmans en France se situe entre 4,1 M selon une estimation de l’Observatoire de la Laïcité en 2019 et 8,4 M selon une estimation haute de l’INED en 2017 mais qui associe de manière globale les personnes issues de familles musulmanes.

Donc l’Islam a beau être la 2ème religion de France, il reste très minoritaire.
Les Chrétiens représentant 51,1% de la population et les personnes sans religion 39,6%.

2ème enseignement. Il y a 2 fois plus de sortants que d’entrants dans la religion musulmane.

Le nombre de « sortants », c’est-à-dire de personnes dont les parents sont musulmans et qui s’affirment aujourd’hui comme non-musulmanes, représente 15% de la population de l’enquête. Ce qui tranche avec l’image que l’on pourrait avoir d’une religion en forte expansion et attirant les foules… Comparé notamment avec le chiffre des « entrants » c’est-à-dire ceux qui se disent musulmans mais n’ont pas de parents musulmans, qui représentent dans l’enquête 7,5% des personnes.

Comme les non-musulmans représentent 15% des enquêtés, les trajectoires de « sortie » de la religion musulmane apparaissent 2 fois plus importantes que celles des « entrées ».

3ème enseignement. Les musulmans sont Français.

3 sur 4 sont de citoyenneté française et ils sont même 51% à être nés dans l’Hexagone.

Allons maintenant dans le détail de la sociologie des musulmans. Des choses très contrastées apparaissent.

Premier point. L’Islam est la religion la plus pratiquée en France

3/4 des Musulmans se déclarent pratiquants ce qui fait 2,5M d’entre eux en France contre à titre d’exemple 5% des Catholiques soit 1,35 M.

D’autre part, ils sont beaucoup plus conservateurs que le reste de la population sur des questions sociales comme la sexualité et l’égalité entre les femmes et les hommes. Les femmes musulmanes étant elles-mêmes beaucoup plus conservatrices que les hommes musulmans.
Exemples :
– 2/3 seulement pensent que les filles doivent hériter de la même part que les garçons contre 95% pour le reste de la population ;
– 67% sont favorables à la virginité lors du mariage contre 8% pour le reste de la population (à titre de comparaison 23% pour les catholiques pratiquants) ;
– 56% pensent qu’une femme doit obéir à son mari contre 5% pour la population générale.

Mais,
Alors qu’il est explicitement écrit dans le Coran qu’une femme musulmane ne peut pas se marier avec un non-musulman et que 44% des musulmans s’opposent fermement à l’idée que leur fille se marie avec un non-musulman, on pourrait imaginer un taux d’unions mixtes extrêmement faible. Or, l’enquête Trajectoires et Origines, montre que 30% des femmes originaires d’Afrique du Nord et d’Afrique Sub-saharienne de familles musulmanes vivent avec un Français non-musulman.

2ème point. Les musulmans sont majoritairement regroupés dans des zones géographiques précises

90% des musulmans sont concentrés sur un quart des départements français (hors Outre-Mer) dans des quartiers périphériques aux grandes villes.

Mais

Malgré cette concentration, il n’y a pas de communautarisme musulman, unique et organisé qui s’étendrait partout où les musulmans sont implantés. Cela n’exclut pas des communautés musulmanes très locales qui peuvent exercer une pression sociale forte, mais par exemple : ils sont seulement 5% à appartenir à une association musulmane ; ils sont seulement 19% à envisager de pouvoir voter pour un candidat musulman quelle que soit son appartenance politique ; les écoles confessionnelles sont peu nombreuses (quelques dizaines…) ; 2/3 affirment ne pas connaître le CFCM (Conseil Français du Culte Musulman) jugé représentatif pour seulement 9% d’entre eux ; 12% seulement se disent proches de l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France).

3ème point. Les musulmans sont jeunes, surreprésentés dans les quartiers défavorisés et la population carcérale

La moyenne d’âge est de 36 ans contre 53 ans pour les Chrétiens et 43 ans pour les personnes sans religion. Les 3/4 d’entre eux ont moins de 45 ans.
Par ailleurs, ils sont 38% contre 8% pour le reste de la population à vivre dans des quartiers ou communes qui comptent 20% d’immigrés ou plus.
Or, l’OCDE rappelle en 2007 dans une étude publiée sur le sujet, que la France est avec la Belgique, la République slovaque et le Portugal, l’un des pays où les immigrés sont le plus représentés dans les quartiers défavorisés.
D’autre part, dans une étude menée de 2000 à 2003 et publiée en 2004, ainsi qu’un nouveau rapport en 2014 pour l’Administration pénitentiaire, le sociologue Farhad KHOSROKHAVAR indique que les musulmans forment la très grande majorité de la population carcérale. Il évalue entre 50 % et parfois même 80 % dans certaines prisons proches de quartiers dits sensibles, la proportion de détenus qui seraient musulmans

Mais

En contrepoint et sans minorer les difficultés :
– A niveau social égal, toutes les études montrent que les enfants de parents immigrés notamment du Maghreb, réussissent mieux à l’école que les autres (voir sur le sujet les analyses de l’Observatoire des inégalités ou de l’Ined). Et les filles sont mieux représentées que les garçons parmi les diplômés.
– D’autre part, si l’on a noté que 38% des musulmans vivent dans des quartiers défavorisés, cela veut dire que 60% n’y vivent pas ou plus….
– Enfin, Hakim El Karoui note que la majorité des musulmans aspire à la même chose que la reste de la population : un emploi stable (93%) ; obtenir de bons diplômes (88%) ; pouvoir acheter leur logement (65%). La volonté d’accéder à un meilleur statut social l’emporte sur les questions identitaires ou religieuses.

Que pouvons-nous en conclure à la fin de cette première partie?

D’abord que la représentation parfois biaisée que la société se donne du fait musulman en France et qui nourrit le discours de l’extrême droite, trouve des explications rationnelles : une grande concentration géographique ; une pratique religieuse très supérieure à celle des catholiques ; la sur représentation des musulmans parmi la population carcérale; et bien sûr, on ne peut pas l’occulter la violence terroriste commise au nom de l’Islam.
Le 2ème élément majeur est que l’Islam est devenu une religion française et qu’elle est pratiquée très largement par des Français.
Autre fait marquant : la grande divergence de la sociologie des musulmans. Une partie entre la moitié et un tiers, s’en sort, s’intègre, s’assimile par la force des unions mixtes et de l’adhésion culturelle et politique au modèle républicain. Cette réalité positive est occultée. C’est la loi du genre : plus on réussit, plus on gravit l’échelle sociale, et moins les différences sautent aux yeux. On se fond la masse.
Enfin, un autre tiers se recroqueville sur lui-même et fait de l’Islam l’étendard de sa contestation d’un modèle français qui le et qu’il rejette.

C’est la 2ème partie de mon exposé.

II. La tentation de l’islamisme

Dans son étude, l’auteur identifie 3 groupes :
– Groupe A, 46%, qui est sécularisé et pour lequel la pratique de la religion est en adéquation avec les valeurs républicaines ;
– Groupe B, 25%, qui est plus composite, fiers d’être musulmans et revendiquent l’inscription de leur religion dans l’espace public tout en acceptant le principe de laïcité et le fait que la loi de la République passe avant la Charia
– Groupe C, 28%, qui réunit les musulmans qui ont adopté un système de valeurs clairement opposé aux valeurs de la République et pour lesquels on peut lire dans le fait de vivre sa religion une attitude de retrait et de séparation vis-à-vis de la société.

Plusieurs enseignements par rapport à la composition de ces groupes et notamment le Groupe C.

D’abord,
On y retrouve 50% des moins de 25 ans et seulement 20% des plus de 40 ans.

Donc l’âge apparait comme un marqueur important dans le rapport à la religion.

Ensuite,
Les musulmans qui appartiennent aux catégories sociales les plus favorisées (cadres, professions intermédiaires) sont surreprésentés dans le Groupe A et sous-représentés dans le Groupe C, qui à l’inverse voit une sur représentation d’ouvriers, employés et plus encore de personnes n’ayant jamais occupé d’emploi, d’intérimaires, stagiaires, personnes en CDD…

Donc plus on a réussi socialement, moins on est attiré par le fondamentalisme

Enfin,
Si l’on s’intéresse au genre, les femmes sont légèrement surreprésentées dans le Groupe C.

La combinaison des logiques d’âge et de réussite sociale permet d’identifier le renforcement probable des attitudes religieuses autoritaires parmi les jeunes des catégories populaires de la population musulmane de France.
Alors, pourquoi tant de jeunes sont tentés par l’ « islam de rupture » ? Réponse : le malaise de certains jeunes musulmans est exploité par différentes organisations ou mouvements idéologiques pour les séduire.

Les islamismes ont tous pour point commun d’être nés du choc de la rencontre avec l’Occident au milieu du 19ème siècle, dont le modèle s’impose comme symbole de la modernité.
Des intellectuels, des juristes, du monde musulman refusent à l’époque ce modèle, déplorent l’immobilisme du système traditionnel et font alors la promotion d’une vision musulmane du monde, d’un retour au texte, d’une volonté politique de dépasser l’humiliation coloniale et occidentale… Les fondements idéologiques de l’islamisme sont dès lors posés.

En France, le premier mouvement porteur d’une rupture avec l’Occident fut celui des Tablighis supplantés aujourd’hui par les Salafistes.
Le salafisme est un mouvement religieux de l’islam sunnite, prônant un retour aux pratiques en vigueur dans la communauté musulmane à l’époque de Mahomet et de ses premiers disciples identifiés comme les pieux ancêtres (« salaf » signifie ancêtre en arabe). Si le salafisme est un islamisme, il convient de le distinguer de l’islamisme politique tel que le promeuvent les Frères musulmans qui au contraire d’un isolement et d’une séparation, fondent des partis politiques, introduisent l’Islam dans la sphère politique, militent en faveur d’une islamisation du droit.

On trouve différents courants chez les salafistes :
le wahhabisme ;
le hanbalisme…
le salafisme dit quiétiste qui refuse la violence des djihadistes et prône plutôt une attitude missionnaire.

On estime à environ 15 à 20 000 le nombre de salafistes en France. 50 à 60% d’entre eux sont issus d’une famille d’origine maghrébine et sont relativement jeunes (entre la 30aine et la 40aine). Le salafisme s’immisce dans la fracture identitaire et devient le moyen de retrouver une identité perdue, une alternative aux valeurs républicaines française perçues comme corruptrices.

L’influence idéologique de cette offre islamiste est importante et se fonde sur la valorisation de l’ignorance. Je cite Hakim El Karoui, « les « musulmans de rupture » ne se mettant pas à l’écart pour la religion mais par la religion ». Ils sont par exemple 40% du Groupe C à penser que la consommation de viande Halal constitue l’un des piliers de l’Islam. Ce qui est faux ; les 5 piliers de l’Islam étant 1) Shahada (la profession de foi) ; 2) Zakât (l’aumône légale) ; 3) Hadj (le pèlerinage à La Mecque) ; 4) Saoum (le jeûne du mois de Ramadan ; 5) Salat (la prière qui doit être faite cinq fois par jour). La représentation sous forme d’étoile impliquant l’absence de hiérarchie entre ces devoirs, tous étant également importants.

A cet égard, le halal et le voile sont 2 marqueurs intéressants à observer. Alors qu’il n’y a aucune obligation dans le Coran, les musulmans mettent pourtant l’obligation religieuse en tête de leur motivation pour adopter ces pratiques.

Si on considère l’ensemble des musulmans de l’étude :
– 70% d’entre eux déclarent toujours acheter de la viande halal. Pourtant le Coran (Sourate V Verset 5) dit explicitement que la viande des juifs et des chrétiens est autorisée aux musulmans.
– 65% se déclarent favorables au port du voile alors que la seule mention du voile se trouve dans un hadith dit faible, c’est-à-dire des paroles et actions attribuées au prophète et non une parole divine, qui dans la jurisprudence musulmane ne forme pas la base d’une disposition obligatoire.

Ni le halal, ni le port du voile ne sont donc des prescriptions religieuses musulmanes aussi claires que l’interdiction du porc ou le jeune du ramadan. Alors qui a diffusé ces idées ? Des traditionalistes ou plutôt des conservateurs, pour des raisons moins religieuses que sociales ou culturelles ; des pays musulmans qui ont choisi d’interpréter le texte pour en faire une version qui leur convenait politiquement. Et ce que montre l’adhésion des musulmans de France au halal et au voile, c’est que ces conservateurs traditionalistes sont en train de gagner la bataille culturelle qui se joue.
Pour illustrer ce propos, j’ai fait une expérience intéressante. Je suis allé lire tous les versets que j’ai cités directement dans l’exemplaire du Coran que j’ai chez moi. Un Coran imprimé sous l’égide du Roi Fahd d’Arabie Saoudite en 1989 qu’a priori mon grand-père avait ramené d’un de ses nombreux voyages en Afrique et qu’on a retrouvé dans sa bibliothèque il y a quelques années.
Donc le Verset 5 de la Sourate 5 que j’ai cité plus haut, précise explicitement concernant la nourriture je cite « Vous est permise la nourriture des gens du Livre », le Livre renvoyant à la Bible donc aux Juifs et aux Chrétiens. Mais une note de bas de page dans l’édition du Coran du Roi Fahd indique je cite « la nourriture des gens du Livre mais uniquement licite en Islam » fin de citation, cette note de bas de page qui n’est donc pas dans le texte sacré et qui introduit la notion de licite, dont la traduction en arabe est Halal !
Autre exemple : le Verset 62 de la 2ème Sourate qui ouvre la miséricorde et le salut aux fidèles d’autres religions… Je cite « Ceux qui croient Juifs, Chrétiens, Sabéens, quiconque croit en Dieu et au Jour Dernier et pratique le bien : tous auront leur récompense auprès de leur Seigneur, ils ne connaitront ni crainte, ni affliction. » Mais une note de bas de page dit je cite : « Les Juifs etc. : il s’agit ici de ceux qui suivaient les prophètes de leur époque. » Fin de citation. Donc sous-entendu pas les Juifs et les Chrétiens d’aujourd’hui ! De mon point de vue, il y a un paradoxe et même une offense des wahhabites eux-mêmes et du premier d’entre eux le Roi Fahd, à l’égard de l’Islam, en sous-entendant que la parole d’Allah n’est ni universelle, ni intemporelle….

Conclusion

Pour conclure, s’il n’y a pas de « communauté musulmane » organisée au sens où on l’entend d’ordinaire, il y a néanmoins, quatre marqueurs qui rassemblent les musulmans de France: des valeurs beaucoup plus conservatrices que le reste de la société ; une pratique religieuses très nettement supérieure ; la norme alimentaire halal devenue une façon d’être au monde islamique ; un soutien au port du voile qui reste majoritaire malgré de forts clivages internes.
La frange la plus conservatrice est plutôt jeune et peu diplômée.
Pour eux, ce qu’Hakim El Karoui décrit comme je cite « une halalisation de l’esprit » fonctionne à plein : « il y a eux et nous ». Tout moment de la vie quotidienne devient sujet à fournir la preuve du divin et de la soumission du croyant au divin : le banal devient divin et l’occasion de se démarquer : par la tenue vestimentaire ; par la nourriture.
Ce qui d’ailleurs réduit l’expérience de la transcendance en limitant Dieu à une série de prescriptions, une litanie d’interdits. Un Dieu finalement faible, réduit à une barbe et quelques habitudes…
Cette conception de l’Islam en prônant la différenciation, attaque frontalement la conception française de l’universalisme du genre humain à savoir l’égalité de tous les Hommes avec un grand H, c’est-à-dire l’égale appartenance au genre humain. Le voile étant l’un des exemples le plus visible car l’incarnation d’une conception inégalitaire de l’homme et de la femme. C’est pour ça qu’il cristallise autant les débats : parce que l’accepter serait une façon de reconnaître que l’universalité du modèle français n’est pas totale.
Pourtant un Islam qui ne se voit pas, qui s’intègre dans la laïcité qui elle doit être une, c’est-à-dire intangible quelles que soient les religions, existe bel et bien.
Mais justement comme le modèle français d’assimilation fonctionne, il fait disparaître les différences. On ne voit que les échecs qui sont interprétés comme des remises en cause de la capacité unitaire et universelle du modèle.

Or tous les indicateurs décris dans l’enquête Trajectoires et Origines notamment pour les populations originaires du Magrheb et de l’Afrique sub-saharienne indiquent la même chose : le processus est en marche.
Les indicateurs démographiques (les enfants d’immigrés adoptant majoritairement la norme de la famille à 2 enfants alors qu’eux-mêmes sont issus de famille nombreuse),
Les indicateurs matrimoniaux (le taux d’unions mixtes),
Les indicateurs scolaires (le niveau de diplômes des enfants nés de parents immigrés notamment du Maghreb),
Les indicateurs socio-professionnels (la mobilité ascendante des enfants d’immigrés par rapport à leurs parents),
Les indicateurs géographiques (une tendance forte à la mobilité résidentielle),

Cela n’empêche pas de se dire la nécessité d’en corriger les défauts.
– La lutte contre la discrimination par exemple qu’Hakim El Karoui évoque comme étant un enjeu majeur ;
– La mixité sociale contre la dynamique de regroupement ethnique et de diffusion d’un mode vie plus religieux.

Les actions à mener sont aussi, pour l’auteur, idéologiques et organisationnelles afin de lutter contre la tendance à la fusion entre l’Islam et l’islamisme, des actions que les musulmans eux-mêmes doivent mener.
Par exemple, qu’un Islam moderne investisse davantage internet pour contrer les prêches moyenâgeux qui y pullulent.

Par ailleurs, aujourd’hui, la représentation institutionnelle nationale du culte musulman est incapable de répondre aux tentations fondamentalistes d’une jeunesse en mal de sens et de spirituel.
Hakim El Karoui appelle la nouvelle génération des musulmans à lutter contre l’islamisme et à s’affranchir des influences étrangères, pour former un Islam français, uni et fédérateur. Il propose d’activer notamment l’Association musulmane de France, qui serait destinée à la gestion du culte. Il propose la mise en place d’un grand Imam de France, représentant spirituel de l’Islam français, élu par le CA de l’Association des Musulmans de France, pour exprimer une doctrine musulmane compatible avec les valeurs républicaines.
La réforme du financement de l’Islam en France.
Hakim El Karoui offre aussi des propositions détaillées pour plus de transparence et de contrôle notamment sur les flux financiers car je cite « l’argent qui circule ne va pas ou il devrait aller ».
Par exemple, en contraignant les associations musulmanes, les mosquées à passer sous statut loi 1905 alors qu’aujourd’hui elles sont exclusivement sous statut loi 1901. Ce statut est beaucoup moins contraignant administrativement. La loi de 1905 prévoit en effet un état répertorié de leurs biens meubles et immeubles ; un contrôle financier par le Ministère des Finances et par l’Inspection Générale des Finances (article 21 de la loi de 1905). Un article de Libération de Novembre 2018 (« Islam et loi de 1905 : le doute habite les cultes. »), précise qu’environ 4000 associations cultuelles existent dans le pays dont les ¾ seraient protestantes ; 3 à 400 chez les Juifs et une 100aine chez les Catholiques, 1 par diocèse.

A un combat spirituel, peut-être la FM peut-elle prendre sa part. La planche de notre F. : M. : sur une spiritualité athée, nous offre des pistes. De même que les projets de nouvelle extériorisation.
Le combat est bien sûr politique. Sans que cela passe de mon point de vue par une nouvelle loi, la République -à moins elle-même de s’affaiblir-, ne pouvant interdire tout ce qu’elle combat, mais plutôt en retrouvant le sens de la mesure et la force de valeurs qui ont construit notre République.
La laïcité, à ce titre, condition d’un vivre-ensemble et barrière de tous les fanatismes. Robert BADINTER, l’ayant exprimé avec des mots justes : « La laïcité est une des conditions du vivre-ensemble. Quand on accompagne des enfants de confession différente, on ne met pas un signe religieux aussi ostensible. Ça n’est pas illégal ; ça n’est pas à mon sens de bonne volonté de vivre-ensemble. »