Au Néolithique : s’organiser sans écrire. (Transmettre sans écrire)

Le thème de ce soir ne m’est pas venu directement, effectuant des recherches pour un travail futur sur « La conscience », j’ai été amené à faire des recherches sur les début de l’humanité et l’émergence de la notion de finitude, de passage et des rituels associés dans ces périodes que sont le paléolithique, le mésolithique et le néolithique.

J’ai alors découvert des moments de l’histoire de l’homme d’une richesse de moi totalement insoupçonnée que je souhaite vous faire partager en espérant vous apporter quelques informations et surtout avoir vos impressions. Petite précision préalable, pour l’ensemble de la planche, les dates seront données avant le présent, date 0 de la datation au carbone 14, soit l’an 1950.

Commençons par positionner ces étapes de l’évolution humaine. La branche de grands singes qui deviendra « l’homme » commence à se différencier des primates il y a environ 3,5 millions d’années. La première longue période de l’histoire humaine se nomme le paléolithique, âge de la pierre ancienne, elle est découpée en cinq sous-période dites paléolithique archaïque, inférieur, moyen, supérieur et épipaléolithique. Elle trace la longue route de l’évolution humaine de Lucie à Homo Sapiens Sapiens ou « l’homme moderne ». Suit le mésolithique qui débute il y a environ 13000 ans et le néolithique il y a 10000-8000 ans pour finir par l’ère moderne associée à l’apparition de l’écriture, il y a un peu moins de 5500 ans dans la civilisation mésopotamienne.

Sapiens, nous, apparait durant la paléolithique moyen en Afrique, il y a environ 350.000 ans et arrive en Europe il y a environ 50.000 ans. Il finit de coloniser la totalité du globe 25.000 ans plus tard entre l‘épipaléolithique et le mésolithique. Il est, à ses origines, comme les autres branches de la race « humaine », organisé en petits groupes de chasseurs cueilleurs qui se déplacent au grès de la présence ou du mouvement des ressources alimentaires.

Cette dissémination verra la co-existence avec l’autre sous-groupe humain, cousin car issu d’une même ancêtre que Sapiens, qui avait déjà colonisé une grande partie du globe plusieurs dizaines de milliers d’années auparavant, l’homme de Neandertal, lui aussi originaire d’Afrique mais apparu il y a un peu plus de 450.000 ans. (Apartés sur les deux autres branches…). Je vous fais de grâce de la longue liste d’homos que la loi de l’évolution a créée, ce n’est pas le cœur de notre sujet.

Vu notre propension à massacrer nos propres congénères, on pourrait imaginer une raison de la disparition de notre cousin Neandertal même si des traces de croisements sont retrouvées dans différents ADN d’ossements. L’homme d’aujourd’hui possède toujours entre 1 et 2% de gènes communs avec les Néandertaliens en fonction des zones du globe. D’autres hypothèses de disparition, sont aussi, voir plus pertinentes : Plus faible capacité d’adaptation aux changements climatiques des grandes glaciations concomitante à son arrivée en Europe, appauvrissement de la différence chromosomique entre les différents groupes, maladies susceptibles d’avoir été amenées par Sapiens d’Afrique, schéma que nous reproduirons des millénaires plus tard en Amérique du Sud lors de sa colonisation, ou invasion, par les Espagnols et les Portugais.

Une chose est certaine, Il y a 30000 ans, sapiens était l’unique espèce humaine de la planète. Nous n’évoluerons biologiquement quasiment plus jusqu’à maintenant où notre possible croisement avec des systèmes informatiques ou mécaniques pourrait nous faire passer une nouvelle étape.

La séparation des périodes préhistoriques est définie par un mélange entre l’apparition d’un nouveau mode de production, un évènement climatique ou un changement dans les modes de vie des populations. En fin de période paléolithique, au Levant, il est retrouvé des traces de regroupements humains assez numériquement importants, pouvant aller à plusieurs centaines d’individus installés dans des villages. Il s’agit du Natoufien qui remonte à 14500 à 11500 ans. Les moyens de subsistances étaient classiquement la chasse et la cueillette, il n’est pas encore découvert de traces d’agriculture. Cette culture correspond plus ou moins à la période charnière entre le paléolithique et le néolithique appelée le mésolithique. Elle se caractérise par cette sédentarisation, un mode de subsistance de chasseur cueilleur et des techniques de taille de pierre, d’usage de l’arc qui donnent une plus grande capacité prédatrice à sapiens. Le néolithique commence à apparaître il y a environ 10000 ans et est caractérisé par le procédé technique de la pierre polie, néolithique voulant dire âge de la nouvelle pierre, mais surtout par la modification du mode de subsistance issu principalement de l’agriculture et de l’élevage. La fin de la période est marquée par l’apparition du bronze dans les outils et de l’écriture, il y a un peu plus de 5000 ans.

On voit ainsi qu’il faut considérablement relativiser les marqueurs temporels strictes. Si le marqueur de séparation devait être la présence de poteries et donc la conservation, le transport et certainement le commerce de produits, les plus anciens récipients en poterie découverts à ce jour, l’ont été en Chine dans la province de Jiangxi et ont plus de 18000 ans, le nord du Japon voit apparaître les mêmes ustensiles il y a 15000 ans avec la période Jōmon.

Il faut donc plutôt parler de société mésolithiques qui ne vit que des ressources naturelles existantes, sociétés néolithiques sédentarisée et vivant de sa propre auto-production, et de notre société, appelée « moderne » mais que je qualifierai plutôt d’écrite.

Les évolutions des groupes humains sont surtout le résultat des modifications climatiques car ce sont elles qui déterminent la présence ou l’absence de ressources naturelles alimentaires immédiatement disponibles, imposeront d’apprendre à cultiver si cet effort est moins important que celui de la migration ou si une autre volonté impose de rester à un endroit déterminé. Entre 20000 et 8000 ans, la planète a connu une longue période de déglaciation, et en son milieu, apparaît une courte période de re-glaciation et accélération de la déglaciation quelques siècles plus tard appelée Dryas « récent », se situant il y a entre environ entre 13000 et 11500 ans.

Ainsi, il y a 20000 ans, l’Europe du nord était couverte de glaciers. Le niveau de la mer était environ 135 mètres plus bas par rapport à aujourd’hui. Il faut rappeler que de nos jours, environ 60% de la population de la planète vit entre 0 et 200 mètres d’altitude, on peut légitimement imaginer qu’une grande partie des vestiges archéologiques de cette longue période se trouve maintenant sous l’eau. Les différentes recherches effectuées entre moins 150 mètres et la surface actuelle des océans démontrent cette remontée sur 12000 à 15000 ans par l’évolution de la flore aquatique dans le temps accompagnant la montée des eaux. Le niveau actuel de la mer ayant été atteint, nous l’avons dit, il y a environ 8000 ans.

Regarder Google Earth avec les lignes des profondeurs maritimes donne une idée de la géographie de la planète et de son évolution sur cette période. L’Angleterre n’était pas une île !

Sur le plan numérique, il est estimé que la population humaine passe de 1,5 million à 5 millions entre la fin de Neandertal et le début de la sédentarisation. Elle augmentera encore considérablement pour arriver à 50 – 70 millions de sapiens à l‘époque de l’apparition des premières sociétés écrites.

Telle l’histoire de la poule et de l’œuf, il n’est pas réellement possible de déterminer si la sédentarisation des premiers groupements humains importants ont pour sources :

Une sédentarisation par les débuts des techniques agricoles pouvant être amorcée sur une zone géographique du fait de la répétition d’un cycle saisonnier favorable tel le cycle annuel du lit d’un grand fleuve, Euphrate, Indus ou Nil.

Ou une sédentarisation pas volonté collective de se stabiliser à un endroit géographique déterminé et vu comme étant exceptionnelle de par des qualités telluriques ou astronomiques. Cette immobilisme induisant un appauvrissement des ressources naturelles sauvages et forçant sapiens à inventer ou importer un mode de production permettant la continuité de cette fixation.

Le consensus scientifique était la première option, les découvertes de sites particulièrement anciens, tel GOBEKLI TEPE, au sud est de la Turquie et quelques kilomètres de la frontière syrienne, dont la construction a débuté il y a 12000 ans, voir plus, donc en pleine civilisation Natoufienne, rendent la seconde plausible, les traces d’agricultures actuellement découvertes proches du site sont en effet postérieures au début des constructions. Ce site n’a pas, et de loin, encore délivré tous ses secrets.

On peut donc être amené à penser que le mode de production agraire a été importé ou inventé pour permettre aux hommes de rester sur cette zone géographique, pour nourrir les constructeurs et habitants de ces structures et compenser l’épuisement des ressources naturelles.

La réalité sur la surface de la planète est certainement un mélange des deux possibilités en fonction des situations.

Il est en outre difficile de conclure, en l‘état actuel des fouilles archéologiques et des recherches, sur l’utilité sociale de GOBEKLI TEPE et des autres sites construits à partir de ce temps. Un regroupement de personnes en fonction d’un cycle saisonnier, pour des raisons politiques de partage de territoire ou religieuse à des moments particuliers de l’année tels solstices et équinoxes ou une structure avec un usage permanent.

La découverte récente de crânes marqués avec des sillons particuliers laissant supposer une suspension confirme néanmoins un rôle rituel. Une autre chose est certaine, Il y a environ 8000 ans, le site a été consciencieusement enterré et on ne sais absolument pas pourquoi.

Nous en venons maintenant à l’organisation de ces sociétés qui évoluent en fonction de deux critères principaux : les conditions de subsistances, faibles ou importantes, continues ou cycliques et les motivations des mouvements ou des sédentarisations.

Un petit village et encore moins GOBEKLI TEPE ne se réalisent pas en une génération, cette constance dans l’objectif social doit donc être organisée par des hommes qui devaient obligatoirement fonctionner ensemble dans le temps. Les diverses constructions laissent supposer un savoir faire qui ne peut être général et une spécialisation parait obligatoire. Celui qui est doué pour construire ne fera que cela. Une agriculture saisonnière implique un stockage, donc une concentration de richesse alimentaire et l’impératif de la garder contre les vols internes et les pillages d’autres groupes va s’imposer. Le militaire va naître. Le plus fort et le plus intelligent s’associeront pour commencer à former des lignées de chefs, de rois. La théorisation de la hiérarchie sociale va pouvoir débuter, elle sera ensuite transcrite, se complexifiera et entrera dans les histoires racontées, tant pour fournir un idéal commun que pour transmettre les règles.

Durant les centaines de milliers d’années qui ont précédés cette ère et encore durant les nombreux siècles qui ont suivis avant les débuts de notre ère industrielle ; l’homme se savait intégré dans un monde qu’il s’efforçait de comprendre avec ces seuls sens. Aucune machine, aucun microscope, aucune lunette astronomique ne pouvait lui donner des réponses, l’être humain ne pouvait compter que sur son ouïe, sa vue, son toucher, son odorat et son goût. On sait aussi qu’il avait exactement les mêmes capacités cognitives que nous, très certainement des langages parfaitement évolués, capable de représentations symboliques, représentations que l’on retrouve peintes dans les grottes de l’épipaléolithique tel Lascaux, nous y reviendrons, mais aussi sculptées sur les piliers de GOBEKLI TEPE. L’humain du néolithique se posait, à n’en pas douter, les mêmes questions que nous.

Ces sens ne faisaient alors que lui montrer sa particularité mais aussi son extraordinaire petitesse. Nous ne connaissons plus un ciel étoilé, Le citadin arrive à voir Vénus, la grande ours, quelques petites lumières dans un ciel voilé et éclairé, aveuglé peut-être, par nos propres lumières artificielles. Un humain des sociétés du mésolithique et du néolithique et aussi de l’écriture avait au dessus de lui l’immensité du ciel et les centaines de milliers de petits points brillants qui tournaient devant ses yeux.

Il n’est pas à douter que ces sens particulièrement développés, simplement pour éviter de ce faire manger au coin d’un bois, ont rapidement et depuis longtemps remarqués, en sus des phases de 28 jours de l’astre nocturne principal, le mouvement cyclique de la nuit, la rotation du ciel étoilé, Les endroits ou le soleil se lève et se couche. Le lent allé retour de cet endroit entre deux points qu’il a appris à marquer dans le sol, sur des roches, dans ses premiers bâtiments afin de marquer le jour de changement et de le célébrer. Quand l’endroit du levé du soleil change de sens, les jours vont raccourcir ou se rallonger, le temps va changer, les animaux vont migrer, des plantes vont pousser ou mourir, le cycle de la nature se déroule, immuablement. Il pourra aussi remarquer un mouvement plus lent, l’apparition d’une nouvelle planète le matin avant le levé du soleil et sa lente montée, nuit après nuit, année après année, décennies après décennies dans le cycle des nuits.

Faisons un bon de quelques millénaires en arrière, nous sommes donc en épipaléolithique mais vu notre classement, au sein d’une société du mésolithique donc composée de groupes humains sédentarisés mais vivant des ressources naturelles présentes sur les lieux.

En France, dans le Périgord noir, il a été découvert un os de renne avec des marques plus ou moins rondes, en cercle et demi cercle, dit l’os de l’abris Blanchard. Chantal Jègues-Wolkiewiez, ethnologue, ethnostronome, chercheuse, a observé les différentes phases de la lune sur un cycle complet en les représentant, nuit après nuit, d’un même point, sur une même feuille, phase, auteur par rapport au sol et position par rapport à un axe pré-déterminé. Elle a reproduit le même dessin. Un humain a donc fait la même chose il y a 33.000 ans, date approximative de l’os et des autres vestiges découverts.

Cette même chercheuse a poursuivi ces recherches à la Grotte de Lascaux, dont les peintures datent d’environ 17000 ans, elle arrive à la conclusion que les animaux représentés sont la représentation du ciel à l’époque de l’élaboration de ces peintures. Elle y constate le marquage des solstices mais aussi des constellations. Je ne pousserai pas plus loin et vous renvoie à son superbe livre « Sur les chemins étoilés de Lascaux ».

Ces recherches nécessiteraient d’être poursuivis sur beaucoup de sites préhistorique pour en comprendre les portées symboliques mais aussi pré-scientifiques.

Nous pourrions conclure que chaque génération remarquait par elle-même ces mouvements, comme un animal construit un nid tous les ans sans se poser trop de questions mais en suivant ce qui est inscrit en lui par nos transformations épigénétiques. Cependant, l’élaboration de GOBEKLI TEPE ainsi que les peintures de la grotte de Lascaux nous démontrent le contraire. Nous l’avons dit, des groupes humains s’unissent pour marquer le sol, une grotte puis des constructions, cela prend du temps, cela implique de savoir et de se spécialiser. Si Lascaux est une manifestation de la science astronomique, alors nos ancêtres possédaient aussi une classe de scientifique, mage ou chamans, quelque soit le nom, une classe d’individus cherchant et sachant qui transmettait un savoir non seulement entre générations mais dans un temps long.

La peinture et les marques sur des pierres ou dans des grottes est un moyen de transmettre un savoir, y en t il d’autres ?

La bible « Genèse 2,10-14 » : « Un fleuve alors sort d’Eden pour arroser le paradis ; de là il se divise en quatre bras. 11 Le nom de l’un est Phisôn, celui qui entoure tout le pays d’Evilat, là où est l’or, 12 et l’or de ce pays est bon ; et là est l’escarboucle et la pierre verte. 13 Et le nom du second fleuve est Guêôn, celui qui entoure tout le pays d’Ethiopie. 14 Et le troisième fleuve est Tigre, celui qui va en face des Assyriens. Le quatrième fleuve alors, c’est Euphrate. »
Ce paradis « perdu » est donc situé dans l’actuelle zone de la mer noire et de l’est de la Méditerranée, zone que l’on appelle le croissant fertile et qui a vu l’émergence des plus anciennes civilisations du monde occidental historique, babylone et la civilisation égyptienne avec les première apparitions, je rajouterai simplement actuellement connues, de l’écriture.
Trois fleuves sont identifiés, le Tigre, L’Euphrate et Gêôn, le Nil. La Bible évoque un quatrième fleuve Phisôn. Il est introuvable. Je ne citerai pas l’épisode du déluge et de l’arche de Noé, mythe que l’on retrouve dans de nombreuses traditions.

Observons les fonds de la Méditerranée et surtout des détroits des Dardanelles et du Bosphore. Le détroit des Dardanelles a une profondeur moyenne de 55 mètres et un plus profond de 105 mètres et fait le lien entre la Méditerranée et la mer de Marmara. Le Bosphore a une profondeur de 33 mètre à 125 mètres. Des études effectuées sur les fonds de la mer morte démontrent que cette dernière était un lac. La conclusion semble être assez simple, il y a 15000 ans et ce lac était plus bas que l’actuel fond du Bosphore et des Dardanelles. L’ensemble s’est ouvert il y a 15000 à 8000 ans, peut être lors de l’explosion de l’Etna dans la zone des Champs Phlégréens il y a 14000 ans ou d’un autre cataclysme non encore daté précisément.

Nous pouvons imaginer sans peine le traumatisme des populations habitant dans ces régions qui ont vu la création des grands sites dont nous avons parlé. Ils prennent la Méditerranée sur la tête, cela peut marquer les esprits, à n’en pas douter, et être intégré dans un corpus historique devant être transmis.

La Bible, genèse 19.23 à 29: 23 Le soleil se levait sur la terre lorsque Lot entra dans Tsoar.

24 Alors l’Eternel fit pleuvoir du soufre et du feu sur Sodome et sur Gomorrhe. Cela venait du ciel, de la part de l’Eternel.
25 Il détruisit ces villes, toute la plaine, tous les habitants des villes et les plantes du sol.
26 La femme de Lot regarda en arrière et se transforma en statue de sel.
27 Abraham se leva de bon matin pour aller à l’endroit où il s’était tenu devant l’Eternel.
28 Il porta ses regards du côté de Sodome et de Gomorrhe et sur tout le territoire de la plaine, et il vit monter de la terre une fumée pareille à celle d’un fourneau.
29 Lorsque Dieu détruisit les villes de la plaine, il se souvint d’Abraham, c’est pourquoi il fit échapper Lot au désastre par lequel il bouleversa les villes où celui-ci s’était installé.

En 2018, des recherches sur le site de Tal El-Hamman, à 14 kilomètres de la mer morte et à l’endroit ou les villes citées dans la bible sont localisées, permettent de découvrir des poteries et des restes calcinés par une chaleur extrême ainsi que des apports de saumures sur les sols. Ce il y a 3700 ans alors que la zone était fertile est occupée préalablement depuis 2500 ans. La cause récemment identifiée : une météorite déclenchant une très forte explosion, rasant une surface d’environ 20 kilomètres carrés et volatilisant de l’eau de la mer morte répandant ainsi du sel sur de grandes étendues, rendant la région impropre à la culture pour des siècles.

Tout comme la déglaciation, comment transmettre l’évènement aux générations futures autrement qu’en l’intégrant dans une histoire mémorisable, un mythe.

Il est à noter que les dernières recherches sur les origines de la bible indiquent bien que le début du livre n’est pas d’inspiration judaïque mais est un condensé, un résumé, des différent mythes fondateurs du croissant fertile. Le déluge est présent dans les mythes de Mésopotamie dont le voyage de Gilgamesh.

Je ne peux résister à faire une petite digression, toute anecdotique, car ce n’est pas le sujet de la planche. A la fin du Dryas récent, soit un peu moins de 12000 ans, le niveau des océans était 65 à 70 mètres plus bas qu’actuellement. Si on regarde juste en sortie du détroit de Gibraltar, on constate la présence d’un petit plateau de quelques kilomètres de long et de la large, donc juste entre les colonnes d’hercule. Ce plateau faisait 14 kilomètres de long et plus de 5 de large et culminait à presque 60 mètres d’altitude à la période de mer la plus basse il y a 20000 ans. Comment ne pas penser aux propos de Platon et de cette civilisations disparue qui fait tant fantasmer : l’Atlantide. Platon datait la submersion de cette île environ 9000 ans avant lui même… Soit il y a un peu moins de 12000 ans. A cette époque, le plateau était vers le niveau 0 des océans. La courbe de la profondeur de la flore marine présente aussi une remontée rapide des océans sur cette même époque à partir de cette dernière profondeur.

La longue recherche de la citée de Troie d’Homère est encore un autre exemple de lien entre faits réels et contenu mythique ou mythologique.

Alors ces mythes : une façon de transmettre l’histoire ? La réponse est pour moi oui, des contenus historique contées, un regroupement de parole conçues pour être mémorisés et transmises oralement et non une histoire chronologique datée et écrite dans un livre ou sur une tablette. Ces histoires seront ensuite un jour écrites et nos habitudes méthodologiques qui reposent sur des successions d’événements datés et écrits ont toujours du mal à en voir une portée autre que symbolique.

Ces mythes se borneraient-ils à ne transmettre que de l’histoire ?

Nous avons évoqué l’observation des étoiles durant les millénaires qui nous ont précédés. L’os de l’abris Blanchard, la grotte de Lascaux, ou le dessin gravé du chef de tribu, autre site analysé par Chantal Jègues-Wolkiewiez, ne sont que des indices qui démontrent que l’homme avait découvert un autre mouvement de notre planète en sus de celui de la lune et du soleil, la rotation de l’axe de la terre, appelée précession des équinoxes. L’axe de rotation de la terre décrit un cercle d’une durée de 25769 ans du fait des forces convergentes de la lune et du soleil sur les masses liquides de la planète. Ce mouvement fait que des étoiles apparaissent et disparaissent petit à petit selon la direction de l’axe sur le cercle de précession. Ce cercle posé découpé en douze parties suit le zodiaque et les ères que nous connaissons, d’une durée d’un peu plus de 2147 ans. Nous sommes en train de passer dans l’ère du Verseau, le christianisme est né avec l’ère du poisson, force est de reconnaître qu’il s’agissait du signe de reconnaissance des premiers groupes chrétiens. Il a succédé à l’air du Bélier et encore avant l’ère du Taureau, je ne ferai que mentionner l’importance de ces deux symboles dans les civilisations vielles de 6000 à 2000 ans.

D’autres chercheurs sortent des sentiers battus et proposent des lectures des mythes en lien avec ces observations quotidiennes de l’humanité. Giorgio da Santilla et Herta von Dechend, dans leur livre « Le moulin d’Hamlet » font des parallèles entre différents mythes de l’histoire humaine et les cycles mathématiques de la précession des équinoxes. Ils ouvrent une nouvelle porte sur l’interprétation de ces mythes, qui, selon eux, en sus d’être des vecteurs historiques, sont des vecteurs de science.

J’insiste peut être beaucoup sur l’observation du ciel et le lien entre l’homme et son environnement mais il est nécessaire de ne pas oublier que durant des millénaires, l’homme construisait ses grands bâtiments, non pas en fonction d’un plan d’occupation des sols fonction de la position des routes et du réseau électrique mais d’un plan de relation avec le ciel. Tous les grand bâtiments sont orientés par rapport au ciel, des églises et temples à la pyramide de Khéops jusqu’au site de Lascaux.

A l’aire de Wikipedia et du libre accès au savoir, après l’ère du livre imprimé, l’organisation de la transmission du savoir par l’oral n’est plus forcément vue comme un impératif absolu comme la position d’un bâtiment par rapport à un ciel que l’on ne voit plus ne constitue plus un besoin. Il en était nécessairement différemment à ces époques lointaines.

Mais même si nous pouvons trouver des liens entre des faits, des évènements et des histoires mémorisables, ainsi que des liens entre des sciences et ces mêmes histoires mémorisables, avons nous des traces d’une organisation de cette mémorisation, de sa confrontation avec l’écriture et du résultat de la lente transformation entre une société orale vers une société écrite ? La réponse est oui.

Haut du fleuve Indus, il y a 6000 ans, peut-être plus, on ne sait pas vraiment, des regroupements humains apprennent aussi à s’organiser. Comme nos ancêtres de Lascaux, ils regardent le ciel, la nature mais ils ne font pas que cela. Ils développent des techniques afin de regarder en eux-mêmes, intérieurement et forment des groupes, certainement des écoles de méditation. En analysant leurs ressentis, ils élaborent un savoir que l’on appelle « les védas », la « connaissance » qui s’est à eux manifestée. Il s’agit de texte religieux, scientifiques, médicaux, sociaux qui seront transmis de bouches à oreilles durant un temps indéfinis pour être couchés, sur un support écrit il y a environ 3000 ou 2500 ans.

Nous retrouvons d’autres exemples d’une recherche de vérité par l’écoute de ses sens. Les méthodes druidiques, chamanistes, ont existé mais nous n’en avons plus vraiment de traces et nous présupposons toujours un fonctionnement de maître à élève, quel que soit l’endroit sur la planète. L’histoire du monde sanskrit a l’avantage d’être bien documentée et les conséquences encore d’actualité.

La méthode du monde sanskrit, terme que je préfère à monde indien, existe toujours même si la période de la colonisation anglaise a supprimé nombre des écoles. Cette méthode fait partie du système d’enseignement appelé « SANTA » où des enfants partent chez un maître à l’âge de 8 ans pour un temps de 12 ans. L’apprentissage est simple : le maître dit, l’élève répète, inlassablement, jusqu’à l’acquisition complète de chacun des Vedas. Puis, après, on peut réfléchir et discuter sur le contenu. Cette méthode est décrite dans les Védas eux-mêmes puisqu’ils décrivent aussi l’organisation sociale et les méthodes de transmission du savoir. Ayant mémorisé les règles, ils constituent un corps social qui conseillera tout en justifiant les rois et détenteurs du pouvoir.

Si une société humaine à appris à s’organiser ainsi pour une diffusion et une transmission du savoir sans support écrit, il est quasi certain que le modèle a été utilisé durant un certain temps pour être oublié dans les sociétés passées à la mémoire écrite. Les populations situées dans la zone que nous appelons maintenant l’Inde et le Pakistan ont cette particularité d’avoir conservé longtemps cette méthode tout en ayant transféré la connaissance sur un support écrit, certainement parce que la société savante des brahmane s’est très longtemps méfiée de l’écriture. Je vous renvoie au livre « L’histoire des Indes » de Michel Angot pour plus de détails. Je tiens à préciser qu’il existe toujours des écoles qui pratiquent cette méthode d’apprentissage

L’écrit présente l’avantage de mieux marquer les détails impossibles à transcrire dans une histoire mémorisable, enregistrer des dates, quantités, des noms, des mesures. Les plus anciens textes découverts ne sont d’ailleurs que des listes d’inventaire de biens ou des transactions commerciales et immobilières, on voit là que l’écriture a d’abord comblé ce manque. Le propre d’une société sans écrit et de ne pas pouvoir présenter à l’historien des marqueurs temporels précis. C’est tout le problème de l’Inde moderne qui se cherche un passé daté dans un fond historique oral qui ne possède que peu de dates dans des limites géographiques assez floues. Nous retrouvons cette même caractéristique dans les sociétés tribales africaines.

Le piège est pour moi de croire que les mythes ont été inventé après l’invention de l’écriture car transcrit après les listes des inventaires des stocks. Le besoin social de transcription n’existant pas, la société orale fonctionnant, la transcription pouvait être vue comme inutile. On voyait il y a encore peu de temps cette lutte dans la zone sanskrite entre une école de la mémoire tenue par une caste de Brahmane contre un lent processus de transcription des védas.

Il est ainsi possible de faire des parallèles entre des groupes humains actuels et les sociétés passées. En effet, vivre avec un groupe aborigène d’Amazonie, c’est presque vivre dans une société du mésolithique, vivre avec certains groupes tribaux africain ou australien, nous fait voyager dans une société du néolithique. Ne nous méprenons pas, il n’y a aucun sentiment de supériorité dans ces propos, un simple constat de nos modes de fonctionnement différents. Je regrette que cette planche, toujours réécrite depuis des mois ne prend pas assez en compte l’histoire du continent africain, mais on y retrouve l’ensemble de ces éléments, modification des zones d’habitation en fonction du climat, le Sahara a été humide par deux fois sur les 20000 dernières années, civilisations passant de l’oral à l’écrit, grandes constructions. Il en est de même pour l’est de l’Asie.

Je ne peux finir cette planche sur la transmission du savoir dans les modèles qui ont précédé les sociétés de l’écrit sans tenter un parallèle certainement hasardeux avec la franc-maçonnerie. Certes, notre rituel est écrit mais il est souvent rappelé qu’il est préférable de le réciter pour en magnifier la portée. Il est vrai, le compte rendu de nos travaux est écrit par le F :. Secrétaire mais est-il relu si souvent ? Oui, c’est vrai, des écrits de notre obédiences sont diffusés pour communiquer sur notre idéal afin de le diffuser. Néanmoins, ce qui fait le cœur de notre méthode ne s’écrit pas. Ce cœur est dans la force de l’oralité de nos échanges, de la façon dont les propos nous atteignent, comme le ciseau pénètre dans la pierre. Nous sommes au grade d’apprenti et je ne m’étendrai pas trop sur la symbolique des mythes dans notre rituel mais que faisons nous d’autres que de manipuler des mythes et des symboles afin de nous améliorer et construire un temple à la gloire de la vertu, en jurant de garder le secret, peut être comme au Néolithique.