La fabrique du consentement

Ce travail m’a été très largement inspiré par le livre de Noam Chomsky : « La fabrication du consentement », paru à la fin des années 80, au début de mon engagement Maçonnique. En dépit de tout l’intérêt que je porte à Chomsky, j’avais à l’époque accordé une attention toute relative à cet ouvrage qui me semblait être une vision très américaine de l’existence et de l’évolution de la propagande dans une démocratie.

En effet, pour résumer très rapidement l’ouvrage de Chomsky, celui-ci parvient à la conclusion que grâce aux médias, et à d’autres méthodes de manipulation, les sociétés dites démocratiques, n’ont pas grand-chose à envier aux régimes totalitaires en matière de propagande et de conditionnement des esprits.

A cause de ma vision de la France, de nos valeurs, de notre sens de la démocratie, de la liberté, de la révolution française, de la République, et peut-être aussi à cause de mon esprit un peu « franchouillard », j’ai eu le sentiment, à l’époque, qu’il existait un grand écart entre la société américaine et notre pays. Même si les liens qui existaient en France, entre le pouvoir et les médias étaient connus et réels, il ne me venait pas à l’idée à l’époque de les assimiler à une propagande aussi efficace que celle qui pouvait exister dans les systèmes totalitaires ou à un système organisé de fabrication du consentement.

Qu’en est-il aujourd’hui, quelle est la situation en France, presque 30 ans plus tard, et comment pouvons-nous réagir ? C’est ce que j’aimerais aborder dans cet exposé.

Tout d’abord quelques mots sur Noam Chomsky : Né en 1928, Noam Chomsky a révolutionné la linguistique avec la « Grammaire générative » une théorie qui lui vaut d’être universellement reconnu comme un des plus grands linguistes. Ne comptez pas sur moi pour vous en dire plus sur le sujet, car il s’agit en effet de travaux très spécialisés et spécifiques à l’usage des linguistes et malgré mes efforts, je dois bien avouer que je n’y ai pas compris grand-chose, et que je me suis très vite lassé.

En fait, j’ai découvert Noam Chomsky grâce à son activité d’analyste politique très engagée dans de nombreuses luttes. Dans ce domaine, ses analyses sont toujours parfaitement accessibles à tous, rationnelles et parfaitement limpides. Lors de son opposition à la guerre du Vietnam, il développe l’idée que les intellectuels portent une très grande part de responsabilité dans la mesure où bien qu’ayant plus facilement accès à la vérité, il se taisent. Encore aujourd’hui, Chomsky publie de nombreux livres et donne des conférences dans le monde entier sur le thème de la politique étrangère des Etats Unis et sur le fonctionnement des médias.

A cause de son indépendance, de la liberté de pensée et d’expression Chomsky dérange et a toujours dérangé, ce qui lui a toujours valu de nombreuses critiques et attaques de tous bords non seulement aux Etats Unis, mais également dans d’autres pays.

Dans la fabrication du consentement Chomsky articule sa démonstration en définissant un modèle composé de 5 points :

  • La taille, l’actionnariat, et l’orientation lucrative des médias
  • La régulation par la publicité
  • Les sources d’informations
  • Les contrefeux et autres moyens de pression
  • L’anti-communisme

Selon Chomsky, lorsque ces points sont réunis, ils déterminent clairement la nature de l’information produite et prouvent l’existence d’un véritable système de fabrique du consentement.

Je propose d’examiner la situation actuelle en France, en reprenant comme base de réflexion chacun de ses points.

La taille, l’actionnariat, et l’orientation lucrative des médias

En ce qui concerne la taille, l’actionnariat et l’orientation lucrative, la presse est libre en France : il existe des dizaines de chaines de télévision, de radio, et de nombreux titres de presse différents, de tailles diverses, mais si l’on y regarde de plus près il y a bien une réelle concentration sous des apparences de pluralité : Ainsi TF1, première chaine de télévision française, est la propriété de Bouygues, 7eme entreprise de BTP au monde. Le Figaro, quant à lui, est la plus petite des 7 filiales du groupe Marcel Dassault, groupe dans lequel la branche aéronautique pèse à elle seule plus de 3,7 milliards d’Euros. I-Télé, D8, Dailymotion, une partie de Canal Plus appartiennent quant à elles à Vincent Bolloré, 8eme fortune française et également propriétaire de l’institut de sondage CSA. Europe 1, le JDD, Paris Match sont la propriété d’Arnaud Lagardère. RMC, BFM, l’Expansion sont regroupés entre les mains de Patrick Drahi (6eme fortune française) qui est également propriétaire de SFR.

Le célèbre trio « Niel, Bergé, Pigasse » possède quant à lui, Le Monde, Courrier International, Télérama, L’Obs et Rue 89.  Sans oublier bien sûr, Bernard Arnault, 1ere fortune française qui possède Les Echos, Le Parisien, Investir, Radio Classique, et une grande partie de la presse régionale.

En résumé, non seulement une dizaine de personnes possèdent la quasi-totalité des médias français les plus influents mais ce sont les mêmes qui ont un poids économique considérable dans de nombreux secteurs industriels.

La question de l’indépendance de ces médias vis à vis des puissances financières qui les possèdent se pose donc, ou plus exactement ne se pose même pas ! Il en est de même pour l’indépendance de ces sociétés médiatiques vis à vis du pouvoir politique en place, puisque la majorité des puissances financières qui possèdent ces médias exercent toutes dans des secteurs d’activités qui sont directement dépendants des commandes publiques (Bâtiment, travaux publics, télécommunication, armement, transport…).

Même si ces grands groupes sont concurrents, du moins en apparence, ils ne manquent jamais de se retrouver autour du même objectif : reproduire et renforcer le système politique et économique tel que nous le connaissons actuellement puisque c’est justement lui qui assure leur existence, leur développement et leur puissance.

La régulation par la publicité

A l’appui de cet état des lieux de la concentration des médias français, il est facile d’enchainer sur le second point évoqué par Noam Chomsky : La régulation par la publicité.

Quoi de mieux pour illustrer cette partie que les propos, en juillet 2004, de Patrick Lelay alors PDG de TF1 (Je cite) :

« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective ”business”, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit (…). Or pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible (…). Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise.  » (Fin de citation).

Nous ne sommes pas très loin de la Rome Antique avec « offrez leur du pain et des jeux ». Tout est dit :  l’objectif premier des médias est bien de rendre le téléspectateur, l’auditeur ou le lecteur réceptif aux messages publicitaires. La démonstration est faite : c’est bien la publicité qui va réguler l’information puisque c’est elle qui finance les médias. Il s’agira donc en permanence de donner l’impression d’informer tout en essayant d’être le plus consensuel possible pour assurer une audience la plus large aux annonceurs, et dans le même temps de ne pas les heurter, de peur de représailles qui pourraient les amener à supprimer leur budget publicitaire ou à le confier à un autre média.

La marge de manœuvre pour délivrer une information libre et indépendante est dans ces conditions actuellement de plus en plus réduite dans notre pays. Ceci est encore plus évident si l’on se réfère à la liste des propriétaires des médias que je viens de citer : Il n’y a donc par exemple aucune probabilité de voir TF1 diffuser un reportage critique concernant la sous-traitance et ses abus chez Bouygues BTP, ou encore, on comprend mieux pourquoi Direct Matin, journal gratuit, publie régulièrement des articles très élogieux sur Autolib, puisque Direct Matin et Autolib ont le même propriétaire : Vincent Bolloré. Les exemples de ce type peuvent se multiplier quasiment à l’infini.

Il est impossible de ne pas évoquer les journaux gratuits lors que l’on traite la régulation de l’information par la publicité. Même si l’activité des journaux gratuits est en chute constante depuis 2008, le mal est fait et leur existence depuis 2002 a modifiée profondément la perception de l’information :  Aux yeux des lecteurs, l’information n’a désormais plus de valeur puisqu’elle peut être délivrée gratuitement par certains supports.

Pour parvenir à fournir de l’information gratuite, il faut non seulement la faire financer par la publicité, mais dans le même temps, parvenir à obtenir du contenu à moindre coût. C’est ainsi que les gratuits se sont transformés en machine à dupliquer les communiqués de presse, les dépêches, sans aucune valeur ajoutée uniquement parce que ces sources sont gratuites ou très peu coûteuse.

Comme la ficelle était un peu grosse, et que les lecteurs ne sont pas complétement idiots, ces nouveaux médias ont imaginé un excellent emballage marketing pour convaincre leur cible qu’elle était face à d’une nouveauté qui permettait enfin de diffuser des informations concises, factuelles et non partisanes, en abusant du slogan « les faits et uniquement les faits », alors qu’il ne s’agit en fait que d’une méthode appliquée à la base avec pour seul objectif la réduction maximale des coûts.

Cette démarche a eu pour conséquence de rendre encore plus difficile l’existence de la presse libre et indépendante qui nécessite, au contraire, de nombreux et coûteux moyens d’investigation pour continuer à remplir son rôle. Le financement d’une presse réellement indépendante ne peut, par définition, pas venir de la publicité ou de grands groupes industriels : Il ne reste donc en fait que les lecteurs comme source potentielle de financement.

Les sources d’informations

Passons maintenant au 3eme point évoqué par Chomsky : Les sources d’informations.

Cette partie peut s’articuler en deux points : les sources d’informations pour le citoyen, le lecteur et les sources d’informations utilisées par les médias eux-mêmes.

En ce qui concerne l’accès à l’information pour le lecteur, l’auditeur, le citoyen, aura naturellement tendance à se tourner vers l’information la plus facilement accessible, mais plus concrètement, ils n’auront dans la plupart des cas même pas à effectuer la moindre recherche, la moindre démarche ou le moindre effort puisque la tendance actuelle est de « pousser » directement et en permanence cette information par l’intermédiaire des médias les plus importants (Télévision, radio, presse, internet).

Il devient difficile, pour ne pas dire impossible d’échapper aux évènements que ces médias ont décidés de mettre en exergue puisqu’ils sont mis à disposition de façon répétitives sur l’ensemble des supports. L’effet pervers de cette méthode est bien évidemment de parvenir à noyer dans la masse tous les thèmes jugés moins porteurs ou ceux qui pourraient être en opposition avec les intérêts des grands groupes propriétaires de ces canaux d’informations. Ce même système incite également à ne pas vérifier l’exactitude et la source de l’information puisqu’à force de répétition intensive, les faits ou les analyses présentés finissent par se valider d’eux-mêmes.

Pour illustrer ceci, un exemple concret : En Octobre-Novembre 2016 toutes les unes ont été mobilisées lors de l’annonce de la démission d’Emmanuel Macron : Libération, Le Figaro, le Monde, Le Parisien, La Croix, le Télégramme, Le Dauphiné, Sud-Ouest, les Dernières Nouvelles d’Alsace, Est Eclair, Le Républicain Lorrain, Le Courrier Picard, Ouest France, La Nouvelle République, Le Midi Libre, La Provence, et je vais arrêter là mon énumération pour ne pas vous lasser.

Certes la démission d’un ministre de la République est un évènement suffisamment important pour qu’il figure à la une de différents médias, mais dans le cas Macron, cet évènement qui était à l’époque aussi prévisible qu’attendu monopolisera quasiment l’intégralité des unes alors que la démission d’autres membres du gouvernement durant la même période sera traitée en quelques lignes.

Attardons-nous maintenant sur le sens même des titres de ces unes à ce moment : « Macron l’auto entrepreneur », « Macron quitte le Navire et torpille Hollande », « Pourquoi il claque la porte », « Macron reprend sa liberté », « Macron l’électron libre », « Macron se met en marche » « Macron s’en va et voit plus loin », « Macron Lancé vers 2017 », « Macron accélère sa marche vers 2017 ».  Il est clair que l’objectif de ces titres n’est pas simplement d’annoncer et de commenter la démission d’un ministre, mais bien de préparer pour ne pas dire de favoriser la candidature de celui-ci à la présidentielle avant même qu’elle ne soit annoncée.

Quelques jours après sa démission, et pour enfoncer le clou, 22 minutes lui seront consacrés durant le journal de France 2 soit plus de deux tiers de la durée du journal, tandis que les autres sujets pourtant tout aussi importants, que les ambitions présidentielles d’Emmanuel Macron seront expédiés respectivement en 1 minutes 25 pour l’accord entre Lactalis et les producteurs laitiers, en 1min 28 pour la demande de la France d’interrompre les négociations du traité transatlantique, en 14 secondes pour la condamnation d’Apple pour fraude fiscale, et 14 secondes également pour le sauvetage de migrants au bord des côtes libyennes (Sources : ACRIMED : l’Association Critique des Médias que, au passage, je vous invite vivement à soutenir). Lors du même journal du service public, pas un mot sur la condamnation de la France par l’ONU au sujet de l’interdiction du Burkini sur certaines plages françaises.

Bien entendu, TF1 ne sera pas en reste, et Emmanuel Macron sera directement présent sur le plateau pendant le journal télévisée en tant qu’invité principal.

N’est-il pas légitime de se demander pourquoi la candidature alors non déclarée en Octobre 2016 de ce qui n’est à l’époque qu’un petit candidat mobilise-t-elle autant nos médias ?

Pour ces médias qui, nous l’avons vu, sont directement dépendant du système politique et de la publicité, il est à l’évidence largement plus intéressant et plus rentable pour leur avenir de s’assurer les faveurs d’un candidat néo-libéral qui ne remettra jamais en cause leur mode de fonctionnement s’il parvenait à être élu puisqu’il est issu de ce système et le premier à en bénéficier, plutôt que prendre le risque de froisser Apple ou Lactalis et donc de risquer de perdre d’énormes budgets publicitaires.

Au passage, je me permets de préciser que j’ai écrit ces lignes en décembre 2016 donc bien avant de connaître le résultat des élections présidentielles.

Qu’en est-il pour les sources d’informations utilisées par les médias eux-mêmes ? Le système est assez similaire à celui qui régit l’accès au système d’information pour le lecteur ou l’auditeur : Les médias ont principalement accès aux dépêches et sujets fournis par les grandes agences de presse (AFP, Reuters…) qui agissent comme des grossistes de l’information et transforment les autres médias en petits détaillants, sans grande valeur ajoutée. Sans mettre en doute la qualité des informations fournies par ces grandes agence de presse, il est une fois de plus, économiquement beaucoup plus rentable de reproduire une information livrée prête à être publiée, « prête à penser », en y ajoutant une touche superficielle de personnalisation plutôt que de rémunérer de véritables reporters ou journalistes d’investigation qui devront aller sur le terrain, prendre des risques pour mener des enquêtes indépendantes durant plusieurs mois pour récolter les informations et vérifier leurs sources.

Une autre source d’information assez surprenante mais de plus en plus souvent utilisée est celle des autres médias eux-mêmes : Il n’est pas rare de voir un média reprendre les informations d’un autre média sans trop la vérifier et en se protégeant juridiquement avec la formule « selon nos confrères » plutôt que d’enquêter directement sur un sujet. En fait, nous nous retrouvons face à un système qui fonctionne en vase clos et qui s’auto-alimente, ce qui a pour effet de niveler l’information par le bas en réduisant les probabilités d’obtenir des informations indépendantes et des analyses différentes.

Afin d’affiner encore le système et accroitre son efficacité, comme si cela n’était pas déjà suffisant, ces médias en sont venus à fabriquer leurs propres experts qui viendront ainsi crédibiliser une information auto-produite. Un exemple concret pour illustrer ces propos : Francois Lenglet, journaliste, précédemment collaborateur de journaux hautement subversifs tels que « L’Expansion », « Les Echos » ou encore « La Tribune » se voit promu « Expert économique ». Cette expertise autoproclamée est ensuite ancrée dans les esprits grâce au matraquage médiatique habituel qui le fera intervenir en tant qu’expert sur tous les sujets.

Il suffira ensuite à l ‘intéressé de déclarer (Je cite) : « Je vous montre les faits » ou encore « La vérité est là : je vous montre les chiffres » suivi d’une démonstration assez talentueuse, il faut bien le reconnaître, pour qu’il n’y ait plus matière à débat : L’expert a parlé, la vérité est enfin proclamée, le débat est clos… allez jouer ailleurs !

Vous remarquerez au passage que ces « Experts » interviennent généralement sur des points précis non communiqués à l’avance aux autres invités pour être certains que ceux-ci n’aient pas le temps de préparer une contre-argumentation et de préférence en fin de débat pour que le manque de temps interdise la moindre contradiction.

Qui prendra le temps de vérifier les chiffres en question, de les remettre dans le contexte, d’aborder les autres aspects liés, ou la méthode utilisée pour obtenir ces chiffres ou encore la période étudiée ? … De toute façon, il sera déjà trop tard, la petite phrase « je vous montre les faits » aura déjà fait mouche dans les esprits et lorsqu’une réelle contre argumentation verra le jour, elle n’aura que très peu d’écho car l’attention, les mémoires, et le rouleau compresseur médiatique seront déjà passé à autre chose.

Je tiens à préciser que je n’ai rien contre François Lenglet, que je trouve, je l’ai dit, très talentueux et très pédagogue. J’utilise son cas uniquement pour illustrer mes propos. J’aurais tout aussi bien pu choisir par exemple Dominique Seux, sur France Inter pour appuyer la même démonstration. Très talentueux et très pédagogue certes, mais talentueux et pédagogue pour défendre leur cause néo libérale, sans pour autant avoir l’honnêteté et le courage de le dire, et de l’assumer clairement !

Si l’on s’en tient à la présence sur les grands médias nationaux de tous ces « Experts », il serait tentant d’en déduire qu’il n’existe aucun expert anti-libéral. Bien sûr, il arrive tout de même que de très brillantes contradictions soient apportées, mais dans ce cas, les intervenants sont systématiquement présentés comme «Militant de gauche », ou « Economistes de gauche » ou encore « journaliste de gauche ». Ceci n’a d’ailleurs rien de dérangeant car il est parfaitement normal d’assumer ses opinions, mais dans ce cas, j’attends toujours le moment où François Lenglet, ou Dominique Seux et tous leurs équivalents seront présentés dans les mêmes débats comme journalistes, économistes ou militant « de droite » !

Le plus grand danger avec ces techniques de fabrication du consentement, c’est qu’elles sont tellement pernicieuses qu’elles finissent par devenir invisibles et totalement intégrées et acceptées aussi bien par ses exécutants que par leur auditoire : C’est ainsi que n’importe quel journaliste déclarera spontanément et en toute bonne foi qu’il ne subit aucune pression et qu’il bénéficie d’une liberté totale.

Il n’y a d’ailleurs aucune raison de ne pas les croire ou de douter de leur sincérité : Oui, en France les journalistes sont libres, et le temps ou l’Elysée avait une ligne directe avec les rédactions pour contrôler le contenu de ce qui est publié est bien révolu. Il n’y a bien que François Bayrou qui soit le seul à ne pas s’en être rendu pas rendu compte : Pour rappel, quelques heures avant la diffusion d’un reportage sur les emplois fictif au Modem, François Bayrou alors ministre s’est permis de téléphoner au directeur de la cellule des investigations de Radio France pour se plaindre des méthodes soi-disant trop inquisitrices des journalistes. En fait il est devenu parfaitement inutile de recourir à de telles méthodes de pression qui sont beaucoup trop visibles et qui finissent toujours par provoquer un tollé, puisque les journalistes finissent par s’autoréguler d’eux-mêmes.

Comme dans toute les professions les journalistes sont soumis à l’intervention directe de leur hiérarchie pour orienter leur travail, ce qui n’a rien d’anormal et cela ne signifie pas pour autant qu’ils soient directement tenus en laisse. En fait, ils bénéficient d’une liberté conditionnelle : Il ne faut jamais oublier que ces personnes ont été formées pour ne pas dire formatées dans les mêmes écoles, et recrutées à la base en fonction de leur orientation politique, économique et même de leur milieu social. Si ces journalistes prenaient des positions contraires à l’idéologie pour laquelle ils ont été recrutées, ils ne seraient pas sanctionnés ou rappelé à l’ordre, mais tout simplement plus pris en compte en tant que commentateur reconnu et écouté sur les médias les plus prestigieux.

N’oublions pas également que l’essentiel de la profession de journaliste n’est pas uniquement constitué par les grandes vedettes médiatiques que nous connaissons tous, mais au contraire est composé en très grande majorité d’anonymes, de précaires, et de pigistes. Au final nous nous retrouvons en présence d’une profession constituée d’un côté d’une minorité de ténors connus et reconnus qui vivent très grassement du système, qui en tirent tous les avantages et qui n’ont donc aucune raison de remettre en cause le système qui les a mis en place ; et de l’autre côté d’une majorité de précaires, de pigistes pour lesquels la préoccupation première est avant tout de survivre. Quel que soit le gouvernement en place, cette composition de la profession avec une énorme majorité de précaires qui deviennent des collaborateurs jetables n’a jamais été remise en cause quel que soit les gouvernements en place alors qu’il serait très facile de le faire en améliorant par exemple leur statut. Cette absence de réaction n’est pas due au hasard mais est sciemment entretenue pour verrouiller le système et contrôler, on ne peut plus insidieusement, l’information produite

Les contrefeux et autres moyens de pression

Autre technique décrite par Chomsky pour fabriquer le consentement : celle du contrefeu :
Il s’agit de créer un événement qui provoquera l’adhésion de la population. Deux possibilités dans ce cas : se saisir d’un incident réel ou s’il n’existe pas, de ne pas hésiter à le provoquer. L’exemple le plus célèbre pour illustrer cette technique du contrefeu est l’invention des armes de destructions massives soir disant possédées par l’Irak pour justifier l’intervention militaire américaine. Grace à ce risque inventé de toutes pièces, nous en avons maintenant la certitude, l’adhésion à l’intervention américaine en Irak a été quasiment unanime dans le monde entier avec les conséquences internationales dont nous subissons aujourd’hui toujours les conséquences.

Autre méthode pour générer du facilement du consentement et même d’aller au-delà en provoquant une véritable adhésion consiste à laisser se dégrader une situation jusqu’à ce que celle-ci devienne tellement insoutenable que ce sont les citoyens eux même qui deviendront demandeurs des mesures que l’on souhaite faire accepter. C’est notamment ce qui s’est passé dans certains quartiers de grandes métropoles, et en périphérie des grandes villes : Il suffit de laisser pourrir la situation en termes de cadre de vie, de pauvreté, de propreté, de violence, de délinquance, d’absence de services publics, de sécurité et ce sont les habitants eux même qui deviennent demandeur de lois sécuritaires et discriminatoires au détriment de leur propre liberté.

Grace à ce système, toute contre argumentation est ainsi rendue très difficile, pour ne pas dire impossible.

Cette pratique est également largement utilisée au niveau économique : Abandonner toute décision politique, laisser se dégrader une situation, laisser faire le marché permet ensuite d’imposer comme une évidence la précarité, la flexibilité, les délocalisations, la remise en cause du droit du travail, etc…

L’anti-communisme

Dernier critère utilisé à l’époque par Chomsky, dans le cadre de son analyse de la fabrique du consentement : l’anti-communisme. Cet argument n’est à mon sens plus vraiment d’actualité depuis l’effondrement du mur de Berlin et de l’Union Soviétique, mais d’un point de vue technique, le principe a perduré : Il s’agit tout simplement de susciter une peur, même irrationnelle, pour obtenir le consentement. Comme le communisme ne remplit plus son rôle d’épouvantail, des remplaçants ont été très facilement trouvés : Les Russes, les Musulmans, le terrorisme…

En fait, le thème n’a aucune importance : le principe consiste à maintenir un niveau de peur suffisamment important et constant pour obtenir plus facilement le consentement et ceci quel que soit le domaine. C’est ainsi par exemple que les premiers actes terroristes seront qualifiés d’actes de guerre par Georges W Bush après le 11 Septembre ou par François Hollande après l’attentat du Bataclan. Ayez peur, ne réfléchissez pas, nous nous occupons du reste et ceux qui oseront s’interroger sur le bienfondé et l’efficacité de certaines décisions seront alors accusés d’inconscience, d’angélisme ou même d’antipatriotisme.

Une autre technique apparue plus récemment pour fabriquer le consentement est la stratégie du différé qui permet de présenter une décision comme nécessaire grâce à toutes les techniques évoquées précédemment, puis ensuite s’il subsiste encore un peu de résistance, de la faire accepter avec une application future : Il est en effet toujours plus beaucoup facile d’accepter un sacrifice, un recul par rapport à nos valeurs, une diminution de nos libertés si les effets ne sont pas visibles immédiatement : Cela laisse du temps à l’opinion pour s’habituer à cette régression et pour finir par mieux l’accepter le moment venu. L’exemple typique de l’utilisation de cette méthode est celui du recul progressif de l’âge effectif de départ à la retraite à taux plein ou de certaines mesures de la loi travail dont les effets réels ne seront visibles que dans le futur.

La résistance face au consentement

Bien sûr, et heureusement, les citoyens possèdent une certaine capacité de réflexion et de résistance mais il ne faut pas la surestimer car la puissance des forces en présence est totalement inégale. Le meilleur exemple de cela est le référendum sur le traité de constitution européenne : Malgré l’utilisation d’un grand nombre des techniques que je viens de décrire, malgré l’acharnement des médias pour défendre le « OUI », c’est le « NON » qui a fini par l’emporter avec une majorité de près de 55% des voix.

Voilà un bel exemple de capacité de résistance au système de fabrication du consentement qui prouve que tout est possible et qui devrait nous réjouir et nous redonner de l’espoir, mais que s’est-il passé ensuite ? : Nicolas Sarkozy d’abord, puis François Hollande ensuite décident de soutenir et de signer le traité de Lisbonne qui reprend la quasi-intégralité du projet de constitution européenne rejeté par les citoyens, dans une indifférence quasi générale.

Le système de fabrication du consentement mis en place progressivement dans toutes les démocraties risque bien de devenir au final plus dangereux que ce qui peut exister dans les régimes totalitaires. En effet, il est toujours possible de gouverner par la violence, mais tôt ou tard ce mode de gouvernement finit par provoquer de vives réactions internes ou externes au pays en question. L’organisation d’une réelle résistance finit toujours par apparaître et par provoquer l’effondrement du système.

Dans les régimes totalitaires, c’est l’état décide de la ligne politique de façon autoritaire, alors que dans les régimes présentés comme démocratiques, la ligne politique finit par être imposée tout aussi efficacement par l’état mais beaucoup plus sournoisement, en étant sous entendue, et en laissant l’impression qu’il existe un débat vigoureux notamment grâce aux élections.

Puisque, en apparence c’est lui qui choisit, c’est lui qui décide, le citoyen est ainsi persuadé non seulement qu’il n’y a pas d’autre alternative, mais aussi qu’il est totalement responsable de sa propre situation. Progressivement, c’est la société dans son ensemble qui finit par s’installer dans un état quasi dépressif permanent et privé de tout espoir : le but est alors atteint : sans espoir, les probabilités de résistance, de révolte ou de révolution pour modifier le système économique, politique ou social deviennent quasiment nulles : à quoi bon se battre, à quoi bon résister puisqu’il n’y a plus aucun espoir et pas d’autre alternative !

A mon sens, l’Homme est incapable de vivre sans espoir et ce sentiment de frustration et d’impossibilité de faire évoluer le système dans lequel nous vivons, c’est à dire en fait de faire évoluer, de faire changer la vie de tous les jours, pousse logiquement une partie de plus en plus importante de la population à rechercher de l’espoir ailleurs : La porte est alors grande ouverte pour les sectes, les religions ou les partis du type « Front National » qui apportent des solutions toutes faites, livrées « clés en mains » et qui restent aux yeux de certains, porteuses d’espoir.

Finalement le danger d’une telle dérive des sociétés démocratiques est supportée uniquement par ceux qui en subissent quotidiennement les conséquences. De toute façon, les grandes entreprises ou puissances économiques et financières, la minorité d’individus qui possède l’essentiel des richesses finissent toujours par s’accommoder parfaitement de tous les systèmes politiques, même les plus terribles et les plus anti-démocratiques, l’histoire l’a prouvé.

Il ne s’agit pas pour autant d’être pessimiste et il existe des moyens pour résister, pour limiter les conséquences d’un tel système et ne pas nous soumettre à ceux qui n’ont au final pour idéal que l’argent et le profit.

Quelques pistes de réflexions par rapport à ces moyens :

– Connaitre ce système de fabrication du consentement, comprendre comment il fonctionne et être pleinement conscient de son existence et de sa puissance dans tous les systèmes démocratiques actuels constitue la première étape pour résister et changer notre société car on ne peut combattre efficacement que ce que l’on connaît parfaitement.

– Résister en utilisant en permanence notre libre arbitre et nos capacités de réflexion et de jugement.

– Modifier le système de propriété des médias : Il serait par exemple possible de limiter par la loi, leur concentration, et d’interdire leur propriété à toute entreprise dont l’activité dépend des commandes de l’état, ou encore dont l’activité première n’est pas la culture ou l’information.
Un autre garde-fou pourrait être de favoriser les sociétés de lecteurs et de salariés des médias en leur accordant de réels pouvoirs décisionnels au niveau de la ligne éditoriale. Un encadrement plus strict de la publicité avec une répartition équitable et contraignante sur l’ensemble des supports semble également indispensable

– Imposer une répartition entre tous les titres de presse et médias des budgets publicitaires : A ce niveau le consommateur-citoyen est victime d’une double peine : C’est lui qui supporte directement les coûts publicitaires puisque ceux-ci sont bien entendus intégrés au prix de vente des produits ou services. C’est donc le lecteur et l’auditeur qui finance directement le système qui le prive d’une réelle pluralité de la presse et des médias. Il y a là un réel paradoxe puisque nous sommes en présence d’un système dans lequel le lecteur ou l’auditeur rechigne à payer pour une information libre et indépendante, mais finance sans sourcilier la publicité qui lui assure une information partiale.

Ces mesures peuvent être complétées par une redéfinition complète des aides publiques actuellement accordées à la presse. En ce domaine, et pour assurer une réelle pluralité des médias, plus que les moyens, c’est bien la volonté qui est manquante.

– Lutter activement contre l’isolement : La solitude et l’isolement sont les alliés invisibles des systèmes de fabrication du consentement : A partir du moment où les possibilités d’échanger réellement, de côtoyer des personnalités et des cultures différentes, de mesurer ses idées à celle des autres n’existe plus, la diffusion d’information livrée en « prêt à penser » est facilitée. C’est ainsi par exemple que les personnes âgées souvent isolées finissent par avoir une vision totalement déformée de notre société puisque leur seule vision du monde et des autres se fait par l’intermédiaire quasi exclusif des chaines d’information continue.

Il est donc fondamental de maintenir et de développer tout ce qui peut créer du lien et des échanges entre les citoyens, c’est à dire les associations, les clubs, les cafés philo, les syndicats, les partis politiques, les clubs sportifs… Même si en apparence cela ne génère aucune activité économique perceptible, l’important n’est pas l’orientation ou le domaine d’activité de ces organisations et associations mais leur capacité à créer des rencontres, des échanges et à tisser des liens humains. Très souvent à partir du moment où l’on réellement côtoie l’autre, celui-ci ne fait plus peur, même s’il est différent.

– Imaginer une société qui garantisse une part de temps réellement disponible pour l’activité de son choix, quelle que soit la classe sociale à laquelle on appartient. Difficile en effet de s’impliquer dans la vie de la cité, de réfléchir, d’avoir des activités extra-professionnelles, culturelles, d’échanger, de proposer, après des semaines de travail qui sont généralement plus proche des 50h que des 35 h dont on nous rabat les oreilles, si l’on intègre la charge de travails de certains, ou pour d’autres les cumuls de petits boulots pour parvenir à survivre, ou encore les temps de transports.

– Lutter contre « l’infobésité » : L’infobésité est un terme d’origine Québécoise pour désigner l’excès d’informations reçues par une personne qui fait qu’elle n’a plus la capacité de les traiter et de les analyser : Nous l’avons vu, nous sommes passés très rapidement d’une époque dans laquelle il fallait aller chercher l’information par une démarche volontaire à une période ou l’information est tout d’abord contrôlée, puis ensuite formatée et « poussée » directement, avec des méthodes tellement intrusives qu’il est impossible d’y échapper.

Il est donc fondamental d’apprendre à trier toutes les informations reçues en deux grandes catégories : d’un côté les informations qui « font savoir », c’est à dire celle qui n’ont en fait que très peu d’intérêt, et de l’autre les informations qui « font comprendre ». Seules les informations qui « font comprendre » méritent que l’on y consacre du temps et de l’intérêt. A quoi sert d’être informé d’un évènement sans être capable dans le même temps de l’analyser, d’en comprendre ses causes, et d’être conscient de ses racines et de ses conséquences ?

– Utiliser et développer le potentiel d’Internet et de tous les nouveaux moyens de communication, même s’il est souvent de bon ton de les critiquer pour leur abus et leurs dérives. Bien sûr les dangers d’internet sont réels, bien sûr il reste dominé par les multinationales qui tentent d’imposer leur règles, les célèbres GAFA (Google Amazon Facebook Apple) mais malgré ses défauts, il subsiste sur Internet un espace de liberté qui offre un moyen fabuleux d’échange et de mise à disposition facile de sources d’informations alternatives dont la qualité est très souvent largement supérieure à celle des médias nationaux. D’ailleurs ce n’est pas par hasard si ce sont toujours les mêmes grands médias traditionnels qui mettent l’accent sur certaines dérives avérées d’internet et qui confondent sciemment Internet dans son ensemble et avec certains réseaux sociaux, un peu comme si l’on confondait volontairement l’ensemble des émissions de télévision avec les émissions de télé-réalité. Certes cela dérange, et ne plait pas à tout le monde, mais Internet reste un magnifique espace de liberté et d’expression et de diffusion de l’information : A nous de veiller à ce que cet espace de liberté ne soit jamais altéré et que le réseau conserve sa neutralité.

Pour ne prendre que quelques exemples concrets qui montrent l’énorme potentiel d’Internet :  c’est grâce à Internet que Médiapart, entièrement financé par ses lecteurs, compte plus de 118 000 abonnés et est en mesure de délivrer une information indépendante, ou encore que « Là-Bas si j’y suis », une émission de radio diffusée de 1989 à 2014 qui a dans un premier temps été décalée à une heure d’écoute totalement défavorable pour ensuite pouvoir être supprimée de l’antenne de France Inter, sous couvert de baisse d’audience, mais surtout pour causse d’incompatibilité avec la ligne éditoriale officielle de la station, a pu renaitre quelques mois plus tard grâce à plus de 13 000 adhérents sous la forme d’une émission de radio diffusée sur internet. C’est également grâce à Internet que Nuit Debout a retransmis via PeriScope la quasi intégralité de ses débats alors que dans le même temps ceux-ci étaient totalement ridiculisés, dévalorisés et ignorés par les grands médias nationaux qui avaient depuis longtemps auto-proclamé la fin du mouvement.

C’est, toujours par exemple grâce à Internet qu’une équipe de jeunes porte un regard différent sur l’actualité avec un journal « Le fil d’actu » suivi toutes les semaines par plus de 15 000 personnes alors que dans le même temps, les médias traditionnels continuent à essayer de nous convaincre que les jeunes ne s’engagent plus et n’ont plus d’opinion politique.

C’est encore grâce à internet que de simples consommateurs ont pu créer une véritable marque (« C’est qui le Patron ») qui a permis de distribuer plus de 11 millions de litre de lait en choisissant de fixer un prix qui garantit un revenu digne aux producteurs tout en maitrisant la qualité et en se détachant de l’emprise de géant comme Lactalis.
Les grands propriétaires des médias traditionnels ont bien entendu déjà compris le danger que pouvait représenter pour eux Internet : c’est ainsi que l’on voir se multiplier les Kiosques numériques. SFR a été le premier à créer « Le Kiosque » inclus d’office soi-disant gratuitement, dans certains abonnements de téléphonie mobile ou Internet et qui propose la mise à disposition gratuite en ligne de certains quotidiens nationaux. La presse n’étant pas soumis au même taux de TVA que les autres produits, cela permet au passage à SFR de mettre en place une véritable arnaque légale à la TVA. Les autres fournisseurs d’internet et de téléphonie mobile vont bien entendu suivre et créer leur propre kiosque de presse numérique, ce qui finira par causer un grave problème : En effet, le système actuel de diffusion de la presse papier impose que n’importe quel titre soit diffusé de façon égale sur l’ensemble du territoire. Vous êtes ainsi assuré, en théorie du moins, de pouvoir vous procurer par exemple aussi bien et aussi facilement Le Figaro, les Echos ou Minute, que Charlie Hebdo et l’Humanité dans n’importe quel Kiosque en France. Coté numérique, il n’existe aucune obligation : Chaque Kiosque numérique peut donc décider de diffuser ou pas les titres de son choix. Il est donc particulièrement urgent de légiférer sur ce point, non seulement pour stopper l’arnaque à la TVA qui est en cours, mais aussi pour imposer la diffusion de tous les titres de presse à l’ensemble des kiosques numériques.
Les éléments précédemment décrits dans cette planche permettent de comprendre pourquoi cette égalité dans la diffusion numérique des titres de presse n’est absolument pas envisagée actuellement.
Il ne s’agit que de quelques exemples concrets, de quelques pistes de réflexion qui prouvent que tout est permis, que tout est possible et que rien n’est jamais perdu d’avance. Il est toujours possible de lutter contre cette fabrication du consentement, mais quelques soit les moyens choisis, ils reposent tous, au final, uniquement sur l’envie d’apprendre, sur la volonté d’échanger, sur la capacité de réfléchir par soit même, sur la volonté d’analyser les évènements et le monde qui nous entoure et d’exercer son libre arbitre.  Avec ces quelques mots je viens bien sûr de décrire les principes de la Franc Maçonnerie, mais aussi ce que devrait être la mission principale de l’école et de l’enseignement dans son ensemble, en tenant compte du fait que l’acquisition de nouvelles connaissances ne se limite pas à la période scolaire mais doit se poursuivre durant toute la vie. Je ne peux que faire un lien avec les réflexions et la planche de notre F:. Jean sur l’école.

En effet, contrairement à ce qui est admis de plus en plus facilement à l’heure actuelle, plutôt que de chercher à fabriquer de futurs salariés directement employables c’est à dire tellement spécialisés qu’ils deviendront un jour plus facilement jetables par les entreprises, l’objectif premier de l’école doit être de donner à tous les outils pour penser et décider par soi-même. En parodiant le titre d’un excellent ouvrage de Normand Baillargeon : la matière principale de l’école devrait être des « cours de survie intellectuelle »

Maintenir l’ignorance est le moyen le plus sûr de pérenniser un système : Moins les citoyens sont instruits, moins ils sont capables d’identifier, d’analyser et de comprendre les méthodes utilisées pour les contrôler. Le consentement est certes indispensable à tout système politique pour gouverner, mais tout consentement doit s’obtenir uniquement grâce au partage de connaissance, grâce à la concertation, au débat, à l’échange mais jamais le consentement ne doit être « fabriqué ».

Deux phrases de Chomsky pour terminer :

« La propagande est aux démocraties ce que les violences sont aux dictatures »

« Le pouvoir ne souhaite pas que les gens comprennent qu’ils peuvent provoquer des changements »