Le transhumanisme

transhuman3De l’éclosion de la vie à l’apparition des hominidés sociaux, l’évolution a suivi le processus darwinien naturel. Le hasard des croisements et des transmutations génétiques a permis la survie et l’évolution des espèces les mieux adaptées à leur environnement.
Un petit groupe de primates de la corne Est de l’Afrique vivait une transformation de son habitat et la substitution des forêts primaires par la savane ce qui a certainement été l’élément déclencheur des fonctions bipèdes et donc de la libération de nos membres antérieurs pour des actions non liées au déplacement, préalable essentiel à l’utilisation de l’outil.

La première révolution humaine, le développement du langage, donc de la conceptualisation par la pensée des actions effectuées et le corolaire de pouvoir les positionner sur un axe de temps : « il s’est produit cet évènement, je fais cette action en vue d’accomplir tel objectif » a décuplé leur faculté d’adaptation.

Ces premiers groupes sociaux ont ainsi développé un langage commun et la faculté de mémorisation de ce qui a été entendu. Le savoir pouvait dépasser une génération, le vécu de l’un devenant l’expérience de l’autre. Les repas en groupe, après une journée de chasse et de cueillette devaient très certainement se terminer devant le feu par l’écoute des faits, des histoires, des premiers comptes des plus habiles à manipuler ce nouveau mode d’expression.

L’organisation en ensembles de plus en plus importants, la structuration d’un début de société a amené le besoin de transmettre hors la parole. Ce qui avait été initié par l’imagerie artistique a été prolongé par un codage des idées en marques sur un support donnant naissance à l’écriture. Soyons pragmatiques, le premier besoin était certainement économique afin de conserver la trace des biens échangés et possédés et éviter nombres de conflits.

Cette tranche d’histoire où le savoir était matérialisé sur un support mais accessible par un petit nombre a duré quelques millénaires. En 1454, Gutemberg mécanisait l’écriture et augmentait de façon exponentielle la capacité à distribuer le savoir. Le copiste n’était plus nécessaire, un livre se répandait en centaines puis millions d’exemplaires.

Peu de siècles plus tard, on voit là l’exceptionnelle accélération de l’évolution, le réseau, la numérisation, mettait cette connaissance à disposition de façon quasi immédiate et à un cout bien plus réduit. L’homme devient numérique et s’exprime au sein de ce nouveau média, il laisse des traces dans l’ensemble de ce monde, il est identifiable parmi les autres dans un univers qu’il a lui-même créé. La première conséquence de la numérisation de nos actions est la quasi immortalité de notre projection numérique, bien évidemment, tant que les serveurs informatiques fonctionnent.

Que devient un compte Facebook après le décès de son propriétaire :

  • La famille peut en demander la suppression pure et simple, l’ensemble de l’activité sera ainsi effacé.
  • Elle peut aussi demander la limitation du compte pour une personne décédée, la page Facebook devient alors une tombe numérique, un mémorial de l’ancien vivant ou chacun peut retrouver des moments de vie qui ont été mis en ligne et témoigner sur ces instants.
  • La famille n’était pas informée de l’existence du compte et il va survivre, son anniversaire pourra toujours être souhaité par quelqu’un qui ignorait le décès.

L’immortalité numérique de l’image de la personne permet une survie de la relation des autres vers cette projection de lui tout comme une pierre tombale sauf qu’elle est accessible de partout.

Néanmoins, à ce stade, nous ne parlons pas encore d’immortalité de la personne, juste de la continuation de la relation des vivants vers le décédé.

Il est une constante, l’humain veut sortir de sa condition naturelle. La maladie, soignée dans un premier temps par des offrandes à un dieu quelconque a vite été combattue par des recettes et potions à base de plante. La réparation directe du corps a été de même rapidement pratiquée, nous retrouvons des traces d’opérations à l’époque égyptienne. On voit donc que la volonté humaine de contrer les effets négatifs de la nature, retarder la mort et guérir de la maladie, évènements que l’on pourrait qualifier de naturels, a toujours été présente. Le refus de ces pratiques n’est que la manifestation d’un dogme religieux stricte et du raisonnement : «  Si cela m’arrive, c’est du fait de dieu, je ne puis m’opposer à la volonté divine ». L’auto-evolutionisme, la volonté de contrer l’effet naturel se retrouve maintenant amplifié par l’accélération exponentielle des nouvelles technologies et les passerelles qui se créent entre les différentes sciences.

Un acronyme revient souvent : NBIC, pour nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives. Ces quatre axes de recherches qui ont la particularité de ne pas s’isoler mais de se mutualiser laissent entrevoir des possibilités quasi-infinies quant à notre capacité de prendre en main notre propre évolution donnant corps au concept de « transhumanisme ».

Décrivons brièvement ces quatre sciences :

  • Nanotechnologie ou science des techniques à l’échelle du nanomètre donc à l’échelle de l’atome qui permet de modifier, fabriquer des molécules dont l’action peut se diffuser directement au coeur des cellules.
  • Biotechnologie ou science de la biologie, fonctionnement cellulaire, cartographie des génomes naturels apportant une connaissance de plus en plus fine de notre mécanique interne et la capacité à créer, modifier des interactions cellulaires.
  • Informatique, augmentation exponentielle des capacités de calcul et de stockage et, à venir, un nouveau palier qui va être franchi avec l’ordinateur quantique capable de dire « peut-être » ou de façon plus scientifique, effectuer des calculs totalement parallèles.
  • Sciences Cognitives : modélisation de la pensée animale puis humaine pour créer une intelligence artificielle faible, c’est à dire une partie simplement de nos capacités, reconnaissance de la parole, de l’image, association de concepts, l’ensemble par simulation neuronale ou intelligence artificielle forte, conceptualisation d’un algorithme autonome capable d’auto-analyse.

Les interactions entre ces quatre domaines permettent maintenant réellement d’accélérer notre lent processus d’appropriation de notre propre évolution.

Le mot « transhumanisme » apparait pour la première fois en 1957 dans un texte de Julian Huxley : « In new Bootles for new Wines » faisant, déjà, une synthèse des recherches en cours et surtout à venir et prédisant notre capacité à prendre en main notre destin.

Selon Nick Bostrom, de la World Transhumanist Association,  « Le transhumanisme est un mouvement philosophique et culturel soucieux de promouvoir des modalités responsables d’utilisation des technologies en vue d’améliorer / augmenter les capacités humaines et d’accroître l’étendue de l’épanouissement humain ». Cet épanouissement peut prendre deux formes : évolution pour vivre mieux, évolution pour vivre plus.

Le courant est porté par un ensemble de personnalités particulièrement efficientes dans leur domaine respectif, citons :

  • Le docteur urologue Laurent Alexandre, auteur du livre « la mort de la mort »,
  • L’informaticien et chef d’entreprise Ray Kurzweil, il a développé des algorithmes de reconnaissance de la parole, chef d’entreprise et chef du projet transhumaniste de Google. Il est l’un des promoteurs du concept de l’emergence de la singularité technologique d’ici 20 à 30 ans. La singularité sera le moment où la machine dépassera l’humain dans sa capacité à s’auto-conceptualiser, il s’agira donc d’une intelligence artificielle forte. Il est nécessaire de rappeler que la machine est déjà supérieure à l’homme sur des fonctions déterminées. Nous sommes battus aux échecs depuis longtemps, nous venons d’être battu au Jéopardi par Watson d’IBM, un algorithme de reconnaissance faciale est presque déjà supérieur à l’homme pour reconnaitre un visage, la capacité à collationner et synthétiser un ensemble de données est déjà considérablement supérieure pour un super-calculateur que pour un esprit humain.
  • La société Google et ses Milllards de dollars ou plutôt ses créateurs, Larry Page et Sergei Brin, ils sont tous les deux d’ardents promoteurs du transhumanisme, ils financent nombre de recherches ou d’organismes. 23andMe,  la singularity university de Ray Kurzweil, la société Calico (California Life Company) dont l’objectif avoué est de lutter contre le vieillissement et la maladie afin de « tuer la mort ». (Responsable des recherches : Arthur Levinson, membre du conseil d’administration d’Apple). Rappelons que Sergei Brin est porteur du gène LRRK2 qui augmente considérablement les risques de développer la maladie de parkinson, on voit donc tout l’intérêt qu’il a à déverser ses milliards de dollars dans la recherche médicale.
  • Kevin Warwick, chercheur anglais qui s’est fait greffer des microprocesseurs au niveau des nerfs du bras afin de prendre le contrôle de certains mécanismes, ouverture de porte, lumière, et même d’un bras robotisé qui évolue à distance.
  • Lepht anonyme : le courant Wetware ou Bodyhacking, ce courant pense que la société a un manque de goût pour l’expérimentation. Pour eux, les nerfs sont des tuyaux qui peuvent être hackés, Kevin Warwick fait des émules, ces « experienceurs » effectuent des expérimentations sans aucune aide médicale.

Lister l’ensemble des personnes actives dans le mouvement transhumaniste nécessiterait de nombreuses pages mais ils sont tous au coeur des sociétés de demain.

Revenons à notre terme. Personnellement, je pense que le transhumanisme a une définition différente. En effet, dans celle énoncée, il n’y a pas de réel changement de paradigme dans l’idée générale. Ce n’est que la formidable accélération des sciences et des techniques qui nous fait voir, non plus à l’échelle séculaire ou humaine, mais à l’échelle annuelle, les modifications apportées à notre évolution. La ligne de fond, je m’astreints des contraintes naturelles, est présente depuis que nous avons eu conscience de notre propre finitude. Prenons quelques exemples de cette accélération provoquée par les technologies NBIC.

Il n’y a qu’une vingtaine d’années, il paraissait impossible à moyen terme de séquencer  l’ADN humain tant la complexité de la structure ADN et le volume de données à traiter paraissaient hors de portée. Le premier séquençage a été effectué en 2003 pour un cout total de 2,3 Milliards de Dollars. En 2015, ce seront des centaines de milliers de personnes qui auront séquencé leur ADN, tant pour des fins médicales que sociales, savoir qui je suis et d’où je viens. C’est ce que propose la société 23andMe, un décryptage de son ADN pour 99 dollars, rappelons que la cofondatrice de cette entreprise, Anne Wojcicki est l’épouse de Sergei Brin que nous avons déjà évoqué. Obtenir la cartographie de son code génétique reviendra aux prix d’une radio ou d’une échographie. Nous pourrons tous avoir notre ADN disponible sur une clé USB ou sur un serveur informatique. Cette masse de données est déjà utilisée afin de croiser les différents ADN des personnes ayant les mêmes maladies ou handicaps. L’identification des gènes ou association de gênes fautifs sera facilitée par la phénoménale accélération des traitements informatiques.

Je ne vais pas lister l’ensemble des maladies susceptibles d’être soignées par les thérapies transgéniques mais personne n’arrêtera les recherches dans ce sens. On voit qu’elles ne le sont pas. Des laboratoires privés chinois et américains ont lancé des programmes de recherche afin de trouver les gènes de l’intelligence, le chemin est clairement tracé à terme, fabriquer des génies, sommes-nous au début de l’âge d’or de l’eugénisme ? Comment allons nous gérer ces découvertes ? Devrons nous interdire à un couple de choisir les gènes de son enfant ? Je n’ai pas la réponse à ces questions même si je pense que nous n’empêcherons pas l’eugénisme si nous le voulions. Nous y reviendrons plus tard.

Depuis la première guerre en Irak, les armées américaines, n’ont pas reproduit les erreurs  du Vietnam,  elles ont financé directement ou indirectement des recherches d’aides aux blessés. La science des prothèses et la connexion de ces dernières avec le système nerveux de la personne handicapée  fait des progrès considérables. Les dernières jambes artificielles de la société Ottobock par exemple permettent de marcher, courir, randonner ou nager. Il n’y a pas à douter que la prothèse palliative à la perte du membre va se transformer en prothèse améliorant le membre dans un avenir assez proche. Nous allons de plus en plus passer d’une médecine de soin qui guérit à une médecine qui améliore. Le pas psychologique est déjà franchi avec la chirurgie esthétique dont l’objectif principal est de contrer les effets psychologiques induits par le désamour de son corps. L’étape suivant, accepter et normaliser son auto-amélioration ne posera pas de problème pour bon nombre d’entre nous. La modification de l’individu par son amélioration n’est donc qu’une continuité d’un mouvement général de sauvegarde de la santé entamé il y a des dizaines de milliers d’années ; pour ce qui est du rêve du sur-homme, égal des dieux, il n’est pas récent, Icare n’était-il déjà pas un homme augmenté ? Certes, il a mal fini.

Ce qui est appelé transhumanisme ne serait-il pas une démarche imposée, une sorte de darwinisme non biologique. Nous sommes en effet, pour certains tenants du courant, dans l’obligation de nous améliorer par nous-même car nous avons fait le choix de nous appauvrir naturellement. Le processus darwinien classique fonctionne assez simplement, si un être vivant n’est pas en capacité de survivre du fait d’une infirmité ou d’une infériorité générale, il aura de très grandes chances d’être mangé avant d’arriver à l’âge de procréation, son patrimoine génétique ne sera jamais transmis, touts simplement digéré par le prédateur. Une antilope sourde ne vivra pas très longtemps, un oiseau aveugle tombera du nid très vite. Notre société, par « humanisme », dans le cadre de son évolution sociale, à fait l’humainement juste choix d’accepter le handicap, permettant, au plus possible, la normalisation de la vie de ces personnes dans nos sociétés, et donc, a permis la survivance des gênes porteurs du handicap  dans le patrimoine génétique humain où il pourra se retrouver récessif pour ensuite redevenir actif une ou plusieurs générations plus tard. Même si nous refusons l’idée d’eugénisme, il nous faudra accepter la modification technique de l’ADN humain afin de palier à notre refus de voir appliquer les lois de la sélection naturelle.

La notion de transhumanisme prend vraiment forme dès que l’on ne parle plus d’amélioration de l’homme mais de survivance de l’homme à une échelle de temps non naturelle. Comment envisager l’individu, la relation à l’autre, le vivre ensemble avec une espérance de vie dépassant le siècle, le millénaire ou tendant vers l’infini même si ce dernier n’est pas vraiment conceptualisable. Serons nous encore des humains au sens où nous l’entendons ? S’agit-il de transhumanisme ou de post-humanisme?

Avant tout, est-ce envisageable ?

La nature réserve nombre de surprises, mais un animal immortel existe-t-il ? La salamandre voit ses membres se régénérer si ils ont été coupés ou arrachés par l’intermédiaire de cellules dites « macrophages ». Les planaires, des petits vers aquatiques de quelques millimètres de long et moins d’un millimètre d’épaisseur, hermaphrodite mais ne pouvant s’auto reproduire sauf par scissiparité ont la capacité de voir une partie de leur corps, tête comprise repousser si on la coupe. Plus fantastique, la méduse Turritopsis nutricula, petite ombrelle de quelques millimètres est biologiquement immortelle, elle est en effet en capacité d’inverser son processus de vieillissement, alternant ainsi les cycles :  vieillissement jusqu’à la maturité sexuelle puis rajeunissement ce par un mécanisme de « transdifférenciation », les cellules souches et non-souches perdant leur caractère pour en reprendre un nouveau. Ces petits êtres immortels, issus des profondeurs des mers caraïbes sont en train de tout doucement coloniser les eaux profondes de la planète. Enfin, la bactérie Deinococcus radiodurans est capable de résister à des doses de radiation supérieure à 5000 fois celles qui tueraient un humain en réorganisant son ADN après l’exposition. Il n’y a pas à douter que les recherches en cours sur ces mécanismes naturels amèneront inéluctablement des résultats applicables à l’homme un jour ou l’autre.

Les médecines régénératives et médecines de clonage sont en balbutiement. La télomère est située en bout des bruns d’ADN qui, pour simplifier, empêche les erreurs de copies lors du processus de division cellulaire. Chaque division raccourcie, un peu, cette partie. Il pourrait suffire de provoquer la surproduction de l’enzyme télomèrase pour empêcher le vieillissement cellulaire. La réalité est un peu plus complexe, le processus répété de division augmente le risque de transformation de la cellule saine en cellule cancéreuse et les recherches vont maintenant dans la compréhension de ce phénomène. Le clonage cellulaire à partir de cellule souche est un autre axe de recherche, faire dériver, et dupliquer des cellules souches pour fabriquer un organe, foie, rein ou autres est encore « un peu » de la science fiction mais je ne doute guère du succès des recherches d’ici quelques années. Tout étant dans la notion du « quelques ».

Les recherches en biologie pourrait donc nous amener à empêcher nos cellules de vieillir, refabriquer un organe qui dysfonctionne, régénérer un membre perdu.

La science informatique, nous l’avons vu nous permet de développer différents types d’intelligences artificielles faibles ou fortes. Les recherches sur la simulation du mode de fonctionnement du cerveau animal puis humain en sont aux balbutiement et l’augmentation de la puissance informatique permet d’imaginer la constitution d’entités informatiques intelligentes autonomes d’ici 20 ou 30 ans, cette singularité si souhaitée ou crainte par nombre de scientifiques. (Ray Kurzweil : how to create a mind)

Des recherches parallèles portent sur le téléchargement de la conscience sur un support informatique (Keith Wiley : A taxonomy and metaphysics of mind-uploding, Ray Kurzweil). Bien que fantasmagorique, cette option pose nombre de questions, notamment la duplication de l’individu ou le reboot à un moment donné de son évolution, sorte de copie de sauvegarde si quelque chose se passe mal. Ces éléments sont trop typés « science fiction » pour pouvoir actuellement être envisageables. Par contre, la conception du support physique de cette possible intelligence, microprocesseur, robotique, corps mécanique avance à grand pas. Les créations de la société Aldebaran Tchnologie, Boston Dynamics, société rachetée par Google, comme c’est original, laissent entrevoir des possibilités extraordinaires dans la capacité à se mouvoir dans un environnement naturel.

Sur le thème du développement de notre intelligence, il y a un axe de recherche qui parait beaucoup plus plausible à moyen terme. C’est la capacité à jumeler le cerveau humain avec un support informatique pour accélérer notre capacité à accéder au savoir dès que l’on se pose une question. Cela revient à être connecté à wikipedia, non par un smartphone, mais directement. Le résultat ressemblerait beaucoup à l’acquisition immédiate d’un souvenir à l’image du film « total recall » ou l’acquisition immédiate d’un savoir à l’image du film « matrix ». N’oublions pas que la science fiction est une source fantastique d’inspiration pour beaucoup  de chercheurs. Nombre des concepts posés dans les livres de William Gibson, Isaac Asimov ou Peter Hamilton et bien d’autres sont au final adaptés et réalisés.

L’immortalité ou plutôt la très longue longévité ne sont pas une utopie mais une très probable éventualité. Sentant cette possibilité, d’autre tenants défendent une longue série d’arguments justifiant de ne pas chercher à prolonger la vie humaine au delà d’un certain nombre d’années mais les arguments sont pour la majorité réfutables.

  • Le transhumanisme serait la source d’une profonde inégalité entre les individus et les sociétés induite par le coût des procédures, médicaments, soins, qui permettraient de prolonger l’existence. Cet argument est effectivement tout à fait valable dans une vision « court-terme » du nouvel âge de l’apparition de ces nouvelles procédures. Néanmoins, il en a toujours été de même pour toutes les nouvelles technologies. Avons nous arrêté l’informatique car les premiers ordinateurs étaient hors de prix, pensez-vous réellement que les premiers livres imprimés de Gutemberg étaient accessibles à tous, aurions nous du, de ce fait cesser l’impression des livres ? Oui, l’augmentation de la durée de vie et de la capacité de bien vivre sera inégalitaire, cependant, la baisse des coûts induite par l’augmentation exponentielle de la masse de clients permettra une phénoménale diffusion de ces technologies, l’exemple du séquençage ADN est parlant.
  • Le transhumanisme induirait une croissance exponentielle des frais médicaux pour prolonger et maintenir la vie totalement incompatible avec le mode de financement de nos organismes sociaux. Le mode de financement de la santé serait certainement à revoir, c’est néanmoins sans compter sur la baisse des couts de la production de masse. Nous avons évoqué la baisse phénoménale du prix d’un séquençage ADN. La production de médicaments sur mesures suivra inexorablement la même pente. Ces médicaments auront été conçus spécialement pour celui à qui ils ont été prescrits en fonction de son patrimoine génétique avec une efficacité bien supérieure que les actuels traitements conçus à partir de molécules génériques. La révolution de l’impression 3D permet déjà, et permettra encore plus, de produire des prothèses, des artères et demain peut-être des organes à partir de cellules souches prélevées sur le malade et différenciées en machine. Il faut aussi rappeler que l’augmentation de la longévité humaine ne fait pas lentement augmenter le cout des traitements, ce ne sont que les toutes dernières années de vie qui voient le cout des soins fortement augmenter.  Comptons sur le monde de l’assurance pour offrir des possibilités de financement. L’équilibre des systèmes publics nécessiterait plus et déjà un mode de répartition différent.
  • Nous serions confrontés à une surpopulation que provoquerait l’absence de mort, au moins de vieillesse, il y aura toujours des accidents. L’humain cherchera peut être toujours à procréer, néanmoins,  le désir d’enfant remplace la nécessité de l’enfant lorsque l’espérance de vie augmente. Quelques analyses de chiffres démontreraient le contraire d’un surpeuplement. En 50 ans, le taux de fécondité mondial moyen est passée de 5 enfants par femme à 2,5 enfants par femme, durant le même temps, l’espérance de vie est passée de 54 à 70 ans. On pourrait croire que c’est plus la hausse du niveau de vie ou la perte d’influence de la religion qui amènent la baisse de la natalité, il n’en est rien. Le Bangladesh, à forte prégnance de la religion musulmane est toujours l’un des pays les plus pauvre du monde, néanmoins, en 1972, la fécondité était de  7 enfants par femme avec une espérance de vie 46 ans  ; en 2012, la fécondité est de 2,3 enfant par femme pour une espérance de vie à 70 ans. Si on prolonge certaines courbes pour d’autres pays, il n’y aura plus d’enfant dans 20 ans, Singapore a un taux de fécondité de 0.8 enfant par femme et une espérance de vie de 82 ans.  Le Japon, l’Allemagne voient leur population baisser depuis 2007, ce sont des pays à espérance de vie très élevée. Les derniers pays à taux de fécondité élevé sont principalement en Afrique, l’espérance de vie dépassant difficilement 55 ans. Que donneraient ces taux avec une espérance de vie dépassant le siècle ou les siècles ? Enfin, même si là nous refaisons de la science fiction, n’oublions pas que l’humanité est toujours dans son berceau, elle a juste posé le pied à côté de la lampe de chevet en marchant sur la lune et envoyé un jouet en dehors de la chambre avec Voyager 1. L’homme a peut être un univers à visiter, il faudra du monde et surtout du temps.
  • Le transhumanisme serait un libéralisme poussé à l’extrême, nous avons vu la place de la société Google dans l’ensemble des acteurs du courant. Les autres sociétés, les GAFA, un acronyme rappelant Google, Apple, Facebook et Amazon, participent au même mouvement. Apple vient de lancer un programme de remontée des informations biométriques des personnes inscrites au programme AppleHealthKit en partenariat avec IBM, le concepteur de Watson. Cette gigantesque accumulation de données va permettre d’obtenir des indices en fonction de certaines pathologies. Les derniers objets connectés, AppleWatch en tête ne feront que faciliter un tel collationnement de donnée. Apple poursuit aussi le développement du système Siri, assistant virtuel qui apprend à vous connaitre, Microsoft n’est pas en reste avec Cortana. Facebook possède un très performant centre de recherche en intelligence artificielle, notamment en terme de reconnaissance d’images. Amazon développe le même type de traitement pour mieux connaitre vos goûts. Ces sociétés pourront donc, en fonction de leur politique interne, nous amener en masse dans une direction ou une autre sans que vous en rendiez compte. Si le « mind-uploading » devenait une réalité, il n’est pas à douter que les serveurs d’Amazon, Google ou Facebook se proposeront de vous héberger dans un univers virtuel façonné à votre ou leur convenance… Le rôle de l’état et de la collectivité risque ainsi d’être bien réduit.
  • Un autre argument expose que l’humain serait confronté à un problème d’identité personnelle au delà du siècle de vie. Cette affirmation peut paraitre valable en l’état de notre conception de la vie. Le record officiel de longévité humaine est 122 ans, l’ humain vivant en 2015 le plus âgé a 116 ans. Ces personnes ont vécu dans notre actuelle réalité, sans aucune des aides, assistances, progrès à venir. Cette espérance de vie hors norme n’a pas modifié leur cycle de vie personnelle. Jeanne Calment est née en 1875, elle se marie à 21 ans, elles est veuve à 67 ans et vivra sa longue retraite seule au peut être désespoir de l’acheteur de son appartement en viager jusqu’à son décès en 1997. Quel est le résultat psychologique de l’augmentation de l’espérance de vie sur l’individu, difficile de faire autre chose que des hypothèses, néanmoins, on peut identifier certaines pistes. Les progrès médicaux, l’alimentation plus saine, rendent la période de vie « productive » plus longue. Avec une espérance de vie de 60 ans, on ne se pose guère la question d’une deuxième famille. Il en est tout autre maintenant. La génération du baby-boom ne veut déjà pas vieillir, la notre encore moins. Une jeune maman ou un jeune papa de 50 ans ne choquent presque plus. Y a t il de la place pour deux vies en une ? Le ratio des divorces, 55% en France, 71% en Belgique plaide en cette faveur. Imaginez le résultat si nous vivions 150 ou 180 ans avec une période active d’un siècle ! Alors l’immortalité…  C’est à ce demander si nous n’inventons pas le contre bouddhisme. Il souhaite mettre fin au cycle des réincarnations, nous sommes peut être aussi en train de le faire ! Les vrais questions auxquelles je n’ai pas les réponses sont toutes simples : nos sociétés ont été fondées pour résoudre notre mortalité, nous transmettons nos pensées, nos actions, nos biens. La politique est un moyen de faire survivre ces idées au-delà de sa propre existence. Que serait alors cette politique, l’économie, le lien inter-generationnel sans la mort ? serons-nous encore des humains en ayant franchis certaines barrières de longévité où ces questions sont-elles en fait stupides car notre acceptation de l’inéluctabilité de la mort ne cache-t-elle pas en fait une méconnaissance, voir une peur de la vie ?