Pierre de Coubertin

monaco coubertin1J’ai voulu ce soir vous présenter un travail biographique sur un homme à l’origine d’une aventure qui dure maintenant depuis 108 années. Un homme qui n’a pas eu les égards de notre République car cette dernière, même l’année où elle dû fêter son centenaire se trompa d’un an. Je vais donc vous tracer la vie du Baron Pierre de Coubertin.

Le nom de naissance du baron de Coubertin est Pierre Frédy de Coubertin alias Pierre de Coubertin. Pourquoi Frédy ? Tout simplement à cause des origines italiennes de l’un de ses ancêtres dont l’orthographe était Fredi. Ancêtre qui sera anobli en 1477 par Louis XI, permettant ainsi à la famille de Coubertin d’arborer des armoiries « d’azur à neuf coquilles d’or ». Ces armoiries dont les coquilles rappellent l’ordre de Saint-Michel nouvellement créée.
Pierre de Coubertin naît le 1er janvier 1863 au deuxième étage de la maison familiale achetée à Paris, 20 rue Oudinot dans le 7e arrondissement. Pour la culture cette rue porte le nom d’un Maréchal de France Nicolas Charles Marie Oudinot (1767-1847), Maréchal d’Empire.
Pierre de Coubertin est un homme de petite taille, aux yeux vifs, de voix fluette et haut perchée (c’est ce que peuvent nous apprendre des enregistrements radiophoniques), souriant avec malice derrière sa forte moustache, cet idéaliste parvint à réaliser concrètement nombre de ses idées.
Le nom du baron est cité partout dans le monde à chaque célébration des Jeux Olympiques, mais il semble que dans son propre pays il demeure un “inconnu célèbre”.
Quelles ont donc été sa vie, sa pensée, son oeuvre ?

Il est indiscutable que les Jeux Olympiques modernes, dont il est le géniteur à la fin du XIXe siècles, ont eu pour conséquences de cacher les nombreux talents de cet homme et les nombreux écrits qu’il a pu laisser. En effet, on recense entre 12.000 et 15.000 pages imprimées, soit entre 1350 et 1400 livres, articles, brochures et conférences. Toute cette imagination intellectuelle fit qu’il n’était pas vu comme un homme de son temps mais comme un « éclaireur » très en avance sur son époque comme il aimait le dire.

En préambule des différentes qualités et même défauts que cet homme a pu avoir je souhaite revenir sur deux points de l’histoire du sport qui sont encore ouvertement attribués au baron :
– Il n’est pas l’inventeur de “l’important c’est de participer”. Mais lors d’un toast de remerciement porté au terme d’un dîner offert par le Gouvernement britannique le 24 juillet 1908 à LONDRES il s’est ainsi exprimé : “Dimanche dernier, lors de la cérémonie organisée à SAINT-PAUL en l’honneur des athlètes, l’évêque de Pennsylvanie l’a rappelé en termes heureux : l’important dans ces olympiades, c’est moins d’y gagner que d’y prendre part. Retenons, Messieurs, cette forte parole, l’important dans la vie, ce n’est point le triomphe mais le combat ; l’essentiel ce n’est pas d’avoir vaincu mais de s’être bien battu”12.

– Il n’est pas à l’origine du célèbre : “Citius • altius • fortius”. Mais cette devise (plus vite, plus haut, plus fort qui initialement était dans l’ordre suivant “citius, fortius, altius” en soulignait la signification morale) a été emprunté au Père DIDON prieur du collège d’Arcueil. Phrase que Coubertin a choisi comme devise de l’Olympisme. Elle correspondait à son propre sentiment que le sport et l’olympisme doivent être le domaine de l’effort et de la « liberté d’excès ».

Il n’est pas non plus un apôtre du sport amateur comme beaucoup de personnalités du monde sportif ont voulu nous le faire croire. Il est plus dans une démarche qui tient en deux mots qu’il a prononcé lors de l’un de ses nombreux discours : « Sport et liberté ». Lors de son discours pour le rétablissement des Jeux Olympiques, il démontre tous les avantages à la fois éducatifs, pédagogiques que le sport pourrait apporter à la société alors en pleine révolution industrielle, en disant cette phrase : « nous sommes des rebelles ».
Il est également un fervent défenseur de l’accès à la connaissance. Un certain nombre de ses écrits pédagogiques en sont la preuve et cette idée est renforcée au lendemain de la première guerre mondiale par cette phrase : « Ouvrez les portes du temple (…). L’avenir de l’humanité l’exige ».

Le baron Pierre de Coubertin n’est pas un mythe mais bien un homme de chair et de sang dont les vicissitudes de la vie ont parfois mis à rude épreuve son enthousiasme. Il se sait également avoir des ennemis aussi bien dans le monde politique de la troisième République que dans le monde du sport français en pleine émergence. Mais il en reste pas moins qu’il fut un homme qui a beaucoup voyagé en France comme à l’étranger.

Je souhaite revenir sur quelques dates de son existence car Pierre de Coubertin reste un homme aux multiples facettes.

Donc, je vous rappelle qu’il est né en 1963 de Charles Louis Frédy baron de COUBERTIN (domaine familial situé en vallée de Chevreuse) peintre d’art religieux, et d’Agathe Marie Marcelle GIGAULT de CRISSENOY (par laquelle viendront le château de la propriété de MIRVILLE, en Normandie, Pays de Caux). Il est le dernier enfant d’une fratrie de deux frères plus âgés que lui ainsi que d’une sœur son ainé de 7ans.
Pierre de Coubertin est issu d’une famille royaliste qui restera toujours attachée à ses convictions profondes. Par contre, lui est loin de ces considérations politiques, alors qu’il est bachelier de droit (1885) et après un séjour prolongé en Angleterre et en Irlande (1886) il se rallie à la cause Républicaine. Il deviendra conseillé municipal de Mirville (commune du pays de Caux dont la mère de Pierre a hérité) de 1888 à 1892. La même année il rejoint le mouvement sportif français. Une chose est certaine Pierre de Coubertin ne fera jamais de carrière politique même s’il fut approché très souvent.

En 1895, le 12 mars mariage avec Marie ROTHAN (d’une famille protestante alsacienne disposant du château de LUTTENBACH dans la vallée de MUNSTER) en l’église de Saint-Pierre de CHAILLOT suivi d’une cérémonie à l’église réformée. La baronne mourra en 1963 à LAUSANNE âgée de 102 ans.
En 1896, naissance d’un fils, Jacques. Frappé à deux ans d’une insolation (?), celui-ci ne s’en remettra jamais, menant sa vie végétative jusqu’en 1952.
1902 Naissance de Renée, fine et délicate, qui vivra divisée entre la forte personnalité de sa mère et la grande affection qu’elle porte à son père ; elle s’éteindra en 1968.
1907 Mort de la mère de COUBERTIN (née en 1823).
1908 Mort de Charles FREDY de COUBERTIN (né en 1822).

C’est en 1922 que la famille de Pierre de Coubertin s’installe définitivement en Suisse, à LAUSANNE. Il y vit essentiellement à l’hôtel, mais continue de voyager fréquemment (il sera par exemple reçu à BARCELONE en novembre 1926). Cependant, déjà largement mise au service de ses idées, de ses projets et de ses organisations, sa fortune personnelle initiale subit en outre durement les contre-coups de la guerre (l’effondrement russo-roumain). Fin 1929, la Municipalité de LAUSANNE met définitivement à sa disposition l’appartement du troisième étage de la Villa Mon-Repos. Alors qu’il s’inquiète des pertes financières dont il est responsable et des conséquences pour ses descendants, il décédera le 2 septembre 1937 dans une allée du Parc de la Grange, à GENEVE sur la rive gauche du Léman.
Pierre de Coubertin aura vécu 74 ans.

En 1964, le Gouvernement français fête le centenaire de la naissance de Pierre de Coubertin mais un an d’écart sépare cette cérémonie de sa date de naissance. En 1994, l’avenue Pierre de Coubertin est inaugurée. Elle est située près de la porte de Gentilly le long de la Maison du sport français qui abrite le CNOSF et le Comité Pierre de Coubertin, et du stade Charlety. Nous sommes à Paris bien évidemment.

Après cette énumération de dates, je vais vous proposer une analyse des différentes facettes de cet homme qui a marqué son époque.
Pierre de Coubertin a été pour son époque un homme prolixe dans de nombreux domaines : l’organisateur, le pédagogue, l’historien, l’homme de sport, l’olympien, le journaliste, l’écrivain, l’esthète et l’humaniste.
Et oui ! Tout cela en 74 ans d’une vie et d’une autre époque. Je n’irai pas jusqu’à écrire : c’était mieux avant.

L’organisateur

Pierre de Coubertin n’a pas fait que penser ses idées, il les a dans leur ensemble concrétisé sur le terrain en travaillant sans relâche. Penseur de la pédagogie, du sport et de l’olympisme, il n’était pas un simple rêveur détaché de la réalité mais bien un homme d’action qui fut à l’origine d’un grand nombre d’organismes. Il les créa, les mit en place voire les anima. Perfectionniste, il veillait personnellement aux célébrations du lancement ou du développement de ses nombreuses initiatives.

Voici quelques une de ces nombreuses créations :

29 mai 1888 création du « Comité pour la propagation des exercices physiques dans l’éducation ». En opposition à cette création le 1’ octobre de la même année, le journaliste Paschal Grousset lance la «  ligue nationale de l’éducation physique » avec une sensibilité plus à gauche que celle de Coubertin qui tient plus des sports athlétiques à l’anglaise.

En février 1889, il assiste en tant que secrétaire à la première séance « l’Association pour la réforme de l’éducation scolaire en France ». En juin de la même année, il participera aux Congrès de l’Exposition Universelle de Paris en rendant compte de son enquête dans les établissements scolaires et universitaires du monde anglo-américain colonies comprises.

Une date importante dans le monde de l’olympisme est celle de 1894. En effet, Pierre de Coubertin est alors Commissaire général du « Congrès International Athlétique » de Paris qui devient le « Congrès pour le rétablissement des Jeux Olympiques » : la machine est lancée. Il met en place un programme de réunions sportives, réceptions et fêtes, destiné aux participants, et soigne tout particulièrement la Cérémonie d’ouverture, le 16 juin dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne rénovée, cérémonie dont la réussite place d’emblée le Congrès dans le climat le plus favorable.
De 1897 à 1925, il sera l’organisateur (ou jouera un rôle essentiel) des Sessions et Congrès du Comité International Olympique

Il crée en 1903 la « Société de Gymnastique » qui se transformera en 1905 en « Société des Sports ».
Il sera jusque 1928, à l’origine d’un grand nombre de création d’association voire de ligue qui parfois fusionneront pour créer une nouvelle entité associative. Tous ces organismes auront comme origine les réflexions et travaux de Pierre de Coubertin sur la pédagogie, la manière de transmettre et le développement du sport.
Toutefois, il faut retenir deux dates importantes dans cette démonstration d’organisateur que pouvait être de Coubertin :
1917 : Création de « l’Institut Olympique » de LAUSANNE.
1928 : Création du « Bureau international de Pédagogie Sportive », qui proposera en 1930 – la « Charte de la réforme sportive ».

Pour toutes ces créations de sociétés ou d’associations et manifestations, Pierre de Coubertin est lui même l’auteur des invitations manuscrites car il avait tendance à dire qu’il voulait : « s’affranchir du joug insupportable de la pédanterie dactylographique ».

Le pédagogue et la jeunesse

Coubertin se lance dans la pédagogie car il est marqué comme un grand nombres de ces contemporains par la guerre de 1870-1871. Il veut alors aider la France à se reconstruire face à une Allemagne dominatrice.
Il partira d’une base très précise qui est d’introduire le sport dans les établissements scolaires du secondaire. Il remettra alors en cause les fondements de l’ensemble du système éducatif.
Dans ces réflexions pédagogiques, Coubertin ne pense qu’à l’avenir de la jeunesse de son pays. Cet attachement se retrouve dans l’un de ce tout premier texte :

« Je rebronzerai une jeunesse veule et confinée, son corps et son caractère par le sport, ses risques, et même ses excès. J’élargirai sa vision et son entendement par le contact des grands horizons sidéraux, planétaires, historiques, ceux de l’histoire universelle surtout, qui, engendrant le respect mutuel, deviendront un ferment de la paix internationale pratique. Et tout cela pour tous, sans distinction de naissance, de caste, de fortune, de situation, de métier »5.
Je constate ici la force et la volonté de Coubertin à vouloir transformer la jeunesse et ce quelque soit son appartenance sociale. Mais il semble que le manuscrit d’où est issu ce paragraphe n’a jamais été identifié.
Il assoit ses pensées de réforme de l’enseignement sur les nombreux séjours et contacts qu’il a pu avoir lors de ses différents voyages en Angleterre, aux Etats Unis. Il publiera un grand nombre de notes, d’articles, de cahiers et de livre de 1903 à 1929 sur la manière dont l’enseignement et le sport doivent être proposés et dispensés à la jeunesse.

Entre 1926 et 1929, il publiera un travail très important qui sera collecté dans 4 cahiers et dont le titre sera « le flambeau à dix branches ». Il s’agit d’un travail de réflexions sur les disciplines importantes qui devraient être enseignées et auxquelles il a toujours attaché une grande affection. Je vous donne une lecture partielle de ce qu’il pensait :
“Conformément à l’article 3 de sa charte fondamentale par lequel est proclamée la nécessité de substituer désormais les notions aux faits dans les enseignements secondaire et primaire supérieur […] l’Union Pédagogique Universelle considère comme base essentielle de l’instruction que doit posséder tout homme, l’acquisition (à des degrés différents selon ses capacités, le temps dont il dispose, etc…) des dix notions suivantes :
– Les quatre notions qui délimitent l’existence même de l’individu : astronomique, géologique, historique, biologique.
– Les trois notions dont dépend son développement mental et moral : mathématique, esthétique, philosophique.
– Enfin, les trois notions qui dominent sa vie sociale : économique, juridique, ethnique et linguistique”.
Pierre de Coubertin a forgé également son existence sur la jeunesse laquelle a toujours conduit sa façon d’être puisque très jeune il manifeste son désir de revoir un grand nombre de conception de notre monde. Il faut se rappeler qu’il n’a que 30 ans lorsqu’il réussit le formidable tour de force de rétablir les Jeux Olympiques.

En 1932, à l’Université de LAUSANNE alors qu’il fête ses 70 ans, il refuse de se réfugier dans le passé et il tiendra le discours suivant.
“La jeunesse aime qu’on lui parle d’avenir – et comme elle a raison ! Il n’y faut point manquer si l’on a la chance de s’adresser à elle. D’autant que les voix qui sortent du crépuscule, que ce soit celui de l’âge et de la douleur, ont droit d’être doublement entendues lorsqu’elles parlent de confiance. Et c’est là précisément le mot que je veux prononcer […]. Courage, donc, et espérance ! […] Tenez-vous bien en selle […], foncez hardiment à travers le nuage et n’ayez pas peur. L’avenir est à vous”.
Il est clair que toute sa vie il n’aura de cesse d’avoir pour la jeunesse et la pédagogie des réflexions d’un ordre différent de ceux de son époque.

L’historien

Pierre de Coubertin a très tôt attaché une grande importance à l’histoire allant même jusqu’à avoir un regard d’historien sur les phénomène qui ont bouleversé son époque. Sa propre bibliothèque était composée de livre d’histoire pour moitié. C’est d’ailleurs avec cette expertise que lui viendra l’idée de restaurer les Jeux Olympiques. Dans un discours qu’il tiendra en 1935 il soutiendra que l’olympisme appartient à l’Histoire.
De 1888 jusque 1934, il donnera des conférences historiques concernant la France mais aussi l’Europe, il publiera des ouvrages (Histoire Universelle et index) et sera même à l’origine de la création et du lancement du « Comité pour la diffusion des études historiques ».

J’ai volontairement diminué mon analyse de cette partie car je n’aurai repris qu’une partie de l’ensemble de ses discours.

L’homme de sport

Rappelez-vous Pierre de Coubertin est fils d’une famille aristocratique et donc le sport n’est pas dans les bonnes mœurs de cette catégorie sociale voire de son époque. Ce sont ses recherches sur la pédagogie qui l’y conduisent. Mais attention, car il ne fut pas qu’un simple penseur du développement du sport en France, en Europe et dans le Monde. Il eut une pratique personnelle qui lui permit de comprendre ce que le sport pouvait lui apporter intrinsèquement voire dans quel mesure il pouvait aider l’homme à se construire. Il devint dès lors une fervent supporter du sport compétitif.
Lorsque j’écris compétitif, il ne s’agit pas du sport argent qui domine de nos jour le monde du sport.
Voici, une liste exhaustive de sa pratique sportive : l’aviron (sur le plan d’eau du Château de Mirville), le tennis, la vélocipédie (il appellera sa bicyclette “Nini patte-en-l’air”, parce que l’une des pédales est inévitablement en haut lorsque l’autre se trouve en bas), l’équitation, l’escrime, le tir, la boxe française et anglaise puis avec l’arrivée du moteur à explosion le tricycle.
Lors de la première finale du Championnat de France de football-rugby entre le XV du Racing Club de France et le Stade Français (4 points à 3), il jouera l’arbitre officiel de la rencontre. Coubertin, alors président de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques, est également le dessinateur du trophée de cette compétition qui portera le nom de son créateur Charles Brennus. Il s’agit du Bouclier de Brennus (l’inscription est « Ludus pro partia » « Des jeux pour la Patrie »).
Il saura très vite ne prendre aucun parti concernant toue les querelles qui entourent le développement de la pratique du sport. Pour lui il n’existe pas de bons ou de moins bon systèmes d’enseignement de la pratique de la culture physique. Seul, ceux qui les utilisent les considèrent comme tel.
En effet, il n’adhère ni à la « gymnastique générale », ni à la « préparation militaire ». Il considère que la « gymnastique utilitaire » doit s’adresser aux garçons normaux âgés de quatorze ans et déjà assouplis par la gymnastique générale en usage dans les établissements scolaires. Par contre, pour ceux dont le côté sportif prédomine libre choix de leur être laissé.
Je n’ai pas réussi à déterminer ce que Coubertin entend par « garçons normaux ».

En 1908 il dévoile son programme destiné à la Société des sports populaires : « Une équipe de football dans chaque commune – Un gymnase et un terrain de jeux avec bains-douches dans chaque bourg Une piscine de natation dans chaque ville – De l’équitation et de la boxe individuelles chaque fois que l’occasion se présente – Une section chorale dans chaque société de gymnastique – Le moins possible de règlements, de hiérarchie et d’insignes – Pas de politique, pas de parti, pas de « dirigeants » étrangers au sport ».

Pourquoi l’homme de sport parce qu’il a su vouloir donner une autre vision du sport que celle de la société de ce début de XXe siècles. Tout ne lui réussit pas forcément surtout lorsqu’il tente d’imposer l’escrime équestre aux Jeux Olympiques.
Il sera à l’origine de l’inscription du Pentathlon moderne au Jeux Olympiques de 1912 même si plus tard il reconnaitra qu’il manque un certain nombre d’épreuves à ce sport.
Alors qu’en 1913, une vague de protestations s’élèvent contre le sport spécialisé, Pierre de Coubertin rappelle que la spécialisation dans le sport est car sans elle l’éducation physique disparaîtrait. Bien sur, il est un grand défenseur de la pratique sportive afin de doter la France d’une élite virile et énergique. Néanmoins, avec les années et l’expertise, il décide de faire que le sport le devienne pour tous et il travaillera dans cette direction jusque la fin de sa vie.
7 ans avant sa mort, soit en 1930, il rédigera la Charte de réforme sportive dans laquelle il considère qu’il existe « une distinction nette entre la culture physique et l’éducation sportive d’une part, l’éducation sportive et la compétition d’autre part ».

Enfin en tant qu’homme de sport il a aussi sa définition du sport :
« Le sport est le culte volontaire et habituel de l’exercice musculaire intensif incité par le désir du progrès et ne craignant pas d’aller jusqu’au risque.
Donc cinq notions : initiative, persévérance, intensité, recherche du perfectionnement, mépris du danger éventuel.
Ces cinq notions sont essentielles et fondamentales. En découlent trois conséquences :
1° Le sport n’est pas naturel à l’homme.
2° Le caractère sportif est susceptible de se superposer à tout exercice musculaire comme aussi de lui faire défaut.
3° Le sport faisant appel à la contrainte sur soi-même, au sang-froid, à l’observation… relève de la psychologie autant que de la physiologie et peut réagir sur l’entendement, le caractère et la conscience. Il est donc un agent de perfectionnement moral et social ».
Là, je me permets de voir un homme en avance sur son temps dans l’analyse qu’il fait du sport. Et je retrouve dans celle-ci une analyse personnelle.

L’olympien

Vous l’aurez compris Pierre de Coubertin est le rénovateur voire le réinventeur des Jeux Olympiques. Mais attention bien avant lui certains hommes ont voulu faire des Jeux Olympiques nationaux qui n’ont jamais été pérennes. Pourquoi alors Pierre de Coubertin a réussi là ou d’autres ont échoué. Il semble que la valeur ajoutée du projet du baron est de faire que ces Jeux soient internationaux avec pour principal objet ; le développement du sport, du respect des valeurs humaines et de la paix.
Je ne m’étendrai pas plus sur la création et le développement des J.O car je me rappelle avoir lu une Pl.°. de notre F.°. couvreur sur le sujet.

Le journaliste

Oui ! Il était journaliste avec une carte de presse officiel qui lui fut délivrée en 1895 et qui lui permettait d’accéder à tous les événements sportifs dans le monde. Mais quel homme vous ne trouvez pas ?
Il publia 1300 articles aussi bien sur le sport, l’histoire, la pédagogie entre 1886 et 1937 dans plus de 70 journaux et revues françaises et étrangères. Ceux-ci furent regroupés dans des livres dont beaucoup sont introuvables.
Il portait un regard très passionné sur la presse même si cette dernière n’a pas participé à la montée des Jeux Olympiques voire même a été critique vis à vis de ses réalisations. De plus, il trouvait que la presse avait plus tendance à faire du sensationnel et à nuire à l’art, les lettres les sciences.
Etrange, apparemment « Closer » existait déjà.

De journaliste la tentation est grande de glisser vers l’écrivain

Pierre de Coubertin su avoir la plume d’un écrivain même si cette dernière ne pouvait envier celle d’un Zola ou d’un Maupassant.
Toutefois, il est l’auteur d’une œuvre en cinq épisodes, déjà à l’époque le suspens était présent, d’un roman dont le titre est « le roman d’un rallié » sous le pseudonyme de Georges HOHROD. La lecture de ce dernier, laisse penser que Coubertin a voulu écrire son autobiographie car il existe de nombreuses ressemblances entre le héro Etienne de CRUSSENE sa vie et celle du baron. On y retrouve sa passion pour le monde anglo-saxon, un domaine familial en Bretagne, une demeure familiale à Paris et la visite faite auprès du Président CARNOT.
J’ai cherché cette œuvre mais ne l’ai pas trouvée, pensez-vous que cela soit normal ? Même Amazone ne là pas !

Enfin, en tant qu’écrivain il fut récompensé lors du Concours olympique de littérature des Jeux de STOCKHOLM. Il y présenta une « ode au sport » sous deux pseudonymes celui de “Georges HOHROD et M. ESBACH” pour l’un dans une version française et l’autre dans une version allemande. Apparemment, je dis bien apparemment l’anonymat fut respecté.
Il reçu la médaille d’or pour ce poème de 9 strophes, tout de même. Je me permets donc de vous lire ce poème :
“O Sport, plaisir des dieux, essence de vie, tu es apparu soudain […]. Et sur la cime des monts, une lueur d’aurore s’est posée, et des rayons de soleil ont tacheté le sol des futaies sombres”.
Je ne vous ai lu que quelques lignes car je sens la fin d’une intense concentration proche pour beaucoup d’entre vous, pour moi également, je vous le concède. Mais aux agapes qui sait, peut être me laisserai-je tenté ?

Esthète

Voici, l’une des nombreuses facettes de Coubertin, il était un homme qui considère l’art comme une valeur essentielle. Pour lui l’art c’est « le sens de la beauté ». Il permet à la jeunesse de s’éveiller à la beauté, de travailler à un embellissement de la vie voire à une amélioration de la vie sociale. Dans son ouvrage l’Histoire Universelle, il y aborde des thèmes comme l’art, la culture et la littérature. Apparaît dans ce manuel, toute la connaissance que pouvait avoir notre homme sur les arts d’un grand nombre de pays du monde : anglais, arabe, hindous, français… Je ne vous cite que ceux-ci par miséricorde pour vous.
Mais n’est il pas le fils d’un artiste peintre : son père, Charles Frédy de Coubertin. Ce qui nous laisse, tout de même, supposer que très tôt son instruction sur le thème des arts a été développée. De plus, il est également le dessinateur de certaines couvertures des ouvrages qu’il a écrit. Enfin, il accorde une très grande importance si ce n’est une passion à l’eurythmie. Il allie à cette notion ; l’harmonie qui pouvait exister dans la Grèce antique entre l’architecture et le paysage et entre l’architecture et l’homme. L’eurythmie a pour synonyme l’harmonie.
Cette articulation entre l’art et l’harmonie qui pouvait exister dans l’antiquité grecque me renvoie à l’analyse que donne Plantagenêt dans livre destiné au compagnon maçon et à son analyse de l’art. Je ne vous en dirai pas plus car nous sommes en ce moment en plein travail de réflexion sur ce thème mes F .°. Comp .°., le 1er Surv.°. et moi.

La dernière facette de Coubertin est : l’humaniste.

Humaniste Pierre de Coubertin me direz-vous avec son côté petite bourgeoisie du début du XXe siècles. Mais qui nous dit que l’on ne peut pas être humaniste tout en étant un bourgeois. Il nous a montré sa capacité de travail, son ouverture d’esprit en s’intéressant aussi bien aux sciences, qu’à la littérature, aux arts, à l’astronomie… Il me fait même penser aux encyclopédistes du XVIIIe siècles : Diderot, D’Alembert…
Humaniste car au fil de sa vie, il semble avoir su faire preuve de sensibilité, d’intelligence, il a voulu que les nations et les peuples se comprennent et pour cela il a redonné vie aux Jeux Olympiques.
Et je pense qu’il est humaniste car il a toujours bataillé pour que le sport soit accessible au plus grand nombre ainsi que les portes de la connaissance.
Mais la Grande Guerre vient tout bousculer, Pierre de Coubertin rempli son rôle de patriote mais derrière les lignes en tant que journaliste. Au sortir de la guerre et des réflexions qu’il a mené il décide de partir pour la Suisse ; il veut prendre du recul.
Il constate alors que la démocratie fait force que c’est elle qui a su réunir les peuples contre le « boche ». Il « surfe » sur la vague démocratique en voulant du sport pour tous mais aussi des universités pour tous. Il affectionne l’idée d’une université populaire devenue université ouvrière et dont la gestion serait faite par les ouvriers. Vous imaginez très bien le nombre de détracteurs qui souhaitent le clouer au pilori. Mais l’homme est pugnace et jusque la fin de vie il luttera pour que la « classe prolétarienne » accède aux mêmes avantages culturels, sportifs, éducatifs que les possédants.
Il n’est donc pas incongru de croire que l’olympisme souhaité par Coubertin devait avoir un autre résultat que le perfectionnement physique : celui de l’épanouissement de l’individu. Le point fort et la constante qu’il a toujours voulu véhiculer est pour tous un égal accès et une fraternité entre les hommes.

Conclusion

Attention, il faut bien comprendre dans ce que je viens de vous relater que tout n’a pas toujours réussit à de Coubertin.
En effet, c’est un homme qui souvent fut décrié pour ses comportements, ses prises de positions voire son côté humaniste. Nombreux sont ses contemporains qui l’ont critiqué, jalousé et même écarté de la sphère sportive. Les politiques ont eu aussi montré un certain dédain pour son travail sauf peut être en 1929 le Président de la République Gaston Doumergue. Ce comportement fut présent tout le temps où il résida en France alors qu’une fois résidant suisse on l’oublia.
Le coup de grâce sur les travaux réalisés par Coubertin pourrait être celui de Jean-Marie BROHM dans son livre «  le mythe de l’olympisme ». Il y vilipende l’humaniste Coubertin en faisant le constat suivant de ses textes et de ses propos qui sont : « élitisme, sexisme, racisme « éclairé », fascisme « modéré », culte de l’ordre, de la discipline, de la hiérarchie […] sociale, apologie de l’effort, colonialisme dans la bonne tradition française, puritanisme refoulé, paternalisme conservateur envers les ouvriers, conservatisme féroce opposé à toute perspective révolutionnaire assimilée à une décadence de la civilisation, amitié avec LYAUTEY et Carl DIEM l’organisateur des Jeux nazis de 36, admiration pour M. HITLER, voilà autant de titres de gloire ! »
Il est vrai qu’il est facile de penser cela mais ne sommes nous pas dans une fin de siècle et début d’un autre extrêmement changeant économiquement, socialement, scientifiquement, culturellement, …
Lorsque je reprends toute prose je reste sur le sentiment que cet homme, le baron Pierre de Coubertin était ambivalent.

Il est un élément indéniable sur lequel Pierre de Coubertin ne fléchira jamais ; c’est la pratique du sport féminin. Et en effet, sa vision de la pratique relevait d’une autre époque voire d’un autre temps surtout pour un homme aussi cultivé.

En 1927, Pierre de COUBERTIN écrira :

« Quiconque s’instruit de l’ensemble de l’Histoire doit aboutir à ces conclusions : premièrement, l’humanité chemine à tout petits pas vers le mieux ; deuxièmement, que ce qu’elle obtient est d’une extrême fragilité et en danger de brisure; troisièmement, que la continuité et la coordination des efforts d’une génération à l’autre sont seules capables de la consolider ».

Droit au sport et droit d’accès à la culture générale

“Il existe pour chaque individu un Droit au sport et il appartient à la Cité de pourvoir le plus gratuitement possible le citoyen adulte des moyens de se mettre, puis de se maintenir en bonne condition sportive sans qu’il se trouve obligé pour cela d’adhérer à un groupement quelconque.

L’adulte qui n’a pu, faute de loisirs ou de ressources suffisantes, participer à la vie supérieure de l’esprit, est autorisé à attendre de la Cité qu’elle lui assure un contact avec la culture générale et désintéressée lui permettant non d’en parcourir le domaine mais d’en prendre une vue d’ensemble en dehors de toutes préoccupations utilitaires et professionnelles”

Surprenant lorsque l’on lit ces lignes et la critique acerbe de monsieur BROHM.

J’ai dit !