La Fayette, l’homme de son temps

lepaoncolorPourquoi une planche sur La Fayette ? Pour deux principales raisons.

La première est que je connaissais peu sa vie et son œuvre. Il faisait partie de ces figures historiques que je pouvais vaguement classer sur une chronologie sans pour autant avoir une vision claire du rôle qu’il a pu jouer.

La seconde est qu’à mesure que j’ai découvert sa vie, j’ai réalisé à quel point elle est romanesque. Romanesque dans les déterminants qui gouvernaient ses actions, une sorte de passion romantique naïve pour la liberté. Romanesque aussi dans les événements qu’il a connus, puisqu’entre 1757, sa naissance, et 1834, sa mort, il a assisté, voire participé à tous les grands bouleversements politiques du monde occidental. De la révolution américaine à la Chute de Bonaparte, de la Révolution française aux journées de 1830 en passant par la fuite du roi à Varennes, LA FAYETTE a été dans chacun de ces événements un acteur de premier rang.

Au regard du grand nombre d’événements et d’anecdotes à raconter, je vais donc entrer rapidement dans le vif du sujet.

1/ Les années de formation

Malgré une vie en partie à Paris et des études dans un collège réservé à la noblesse, il reste un homme imprégné de son enfance à la campagne. Né au château de Chavaniac, en Haute-Loire, le 6 septembre 1757. Marie Joseph Paul Yves Roch Gilbert Mortier de La Fayette est le fils d’un grenadier de France qui meurt durant la guerre de 7 ans, en 1759 à la bataille de Minden, sous les coups de canon du colonnel Phillips.

LA FAYETTE grandit dans un foyer qui compte 4 femmes : sa mère, sa grand-mère et deux tantes. Il est un descendant de Mme de La Fayette qui écrit la princesse de Clèves et est donc issu d’une famille illustre mais relativement modeste. L’essentiel de son enfance se passe dans les champs, les bois et les montagnes à battre la campagne. Il est donc au cœur du monde rural, il le connaît bien et connaît aussi les gens du peuple : il participe chaque année à la moisson.

Cette enfance rurale n’est pas sans influence. Il y acquiert la force physique, un vrai sens de l’orientation, une capacité à s’adapter à des conditions de vie difficiles. Ces qualités lui seront très utiles sur le champ de bataille.

Enfant, il a déjà un côté chevaleresque : à 9 ans, il veut partir pour capturer la bête du Gévaudan. Il fait même son paquetage…
C’est un trait qui lui sera permanent : il cherche à se couvrir de gloire.

A l’hiver 1769, il perd presque en même temps sa mère et son grand père, ce qui lui vaut d’hériter de toute la fortune de la famille, que son grand père avait prudemment cachée.

Parallèlement à ses études, il suit une formation militaire chez les mousquetaires du roi. En 1772, il interrompt définitivement ses études et entre dans l’armée chez les mousquetaires.

Le Duc d’Ayen, homme de la Cour, cultivé, proche des libéraux et Francs-Maçon remarque ce bon parti. La Fayette a 16 ans quand il se marie à la fille du Duc. LA FAYETTE fréquente alors non seulement la Cour, mais aussi sa belle famille, un milieu où la liberté de conscience et la sensibilité des enfants sont acceptées. Ainsi, la famille accepte le souhait de sa future femme Adrienne de ne pas faire sa communion, estimant qu’elle n’y est pas prête. Elle ne communiera qu’après son mariage.

LA FAYETTE devient, avec l’appui de son beau-père, capitaine de l’armée, même s’il ne peut commander effectivement qu’à 18 ans, et part améliorer ses connaissances militaires à Metz. Il s’y ennuie terriblement et en profite pour lire les philosophes des Lumières, les livres d’histoire et de géographie. Il est initié à 18 ans à Paris au sein de la RL La Candeur.

2/ Le départ pour l’Amérique

L’aventure américaine de La Fayette résulte de la conjonction de plusieurs facteurs :

  1. Assouvir ses rêves de gloire au nom de la liberté
    Le 8 août 1775, il est invité par le gouverneur de Metz, le Maréchal de Broglie à un dîner auquel participe le frère du roi George III. On y évoque le conflit entre l’Angleterre et les colons américains, qui ne veulent plus payer les taxes décidées par le parlement de Londres. LA FAYETTE écrit à propos de l’Amérique « Dès l’instant où j’ai su qu’elle combattait pour la Liberté, j’ai brûlé de désir de verser mon sang pour elle ; les jours où je pourrai la servir seront comptés pour moi, dans tous les temps et dans tous les lieux, parmi les plus heureux de ma vie »
  2. Une lutte diplomatique entre la France et l’Angleterre
    La réussite des insurgés américains affaiblirait l’Angleterre et serait donc appréciée par la France. Le Roi souhaite, sous couverture, aider les insurgents (matériel, canons, uniformes, munitions) tout en gardant des relations diplomatiques normales avec l’Angleterre. Le matériel serait emmené dans des bateaux français vers les Antilles, où des bateaux américains le récupérerait. C’est Beaumarchais  qui monte l’opération pour le Roi de France, avec un certain succès puisque pendant 2 ans, 80% des fournitures de l’armée des insurgés seront d’origine française. Parallèlement, la France appuie l’arrivée d’un émissaire du parlement américain à Paris, Silas Deane.
  3. La soif de revanche du Maréchal de Broglie
    En quasi disgrâce à Paris, il se verrait bien jouer un rôle en Amérique. Il commence donc à monter une opération avec le soutien financier de La Fayette. LA FAYETTE rencontre Silas Deane, qui de son côté cherche à recruter des volontaires, en leur distribuant des grades dans l’armée américaine. LA FAYETTE est donc nommé général et obtient de la part de Benjamin Franklin une lettre de recommandation pour le Président du Congrès.

Mais les choses ne se passent pas aussi facilement que prévu. LA FAYETTE part pour donner le change chez l’ambassadeur de France à Londres qui est l’oncle de sa femme et il est d’ailleurs présenté au souverain quelques semaines avant de lutter contre ses intérêts.

La FAYETTE prévient néanmoins sa belle famille de ses intentions. Mais le roi considère que LA FAYETTE est trop proche de la Cour et risque de compromettre les relations diplomatiques avec l’Angleterre. C’est donc contre la volonté de sa belle famille et du Roi de France, bravant un ordre royal, passant illégalement la frontière espagnole, et ordonnant de faire le voyage sans escale (pour ne pas être arrêté) que La Fayette s’embarque pour l’Amérique en mai 1777, à 19 ans.

A Versailles, son geste commence à être salué officieusement et sa femme est recherchée comme l’épouse d’un héros. Voltaire se présente à elle et appelle son époux « héros du nouveau monde » en espérant qu’il devienne le « Héros des deux mondes ».

Ils arrivent le 15 juin 1777 en Caroline du Sud et les premiers hommes rencontrés sont des esclaves. « Ce fut une esclave qui me reçut sur la terre de la Liberté », écrit-il en juin au moment de leur débarquement. Il vend le bateau et la cargaison pour financer le voyage jusqu’à Philadelphie, siège du pouvoir politique des insurgés.

3/ Les marches de la gloire

Mais l’arrivée est décevante. Les américains se méfient de ces engagés volontaires qui veulent obtenir des grades ronflants et des salaires importants. Ils ont décidés de ne plus traiter avec des individus isolés tels que La FAyette et ses compagnons. Leur réception est courtoise sans plus. Pour montrer son désintéressement, LA FAYETTE propose de se battre gratuitement en simple soldat. Il obtient finalement le grade de major général mais ne commandera pas de division face à l’ennemi. Pour obtenir davantage, il lui faudra convaincre le chef des armées américaines, Georges Washington, de passage à Philadelphie.

Leur rencontre est un véritable coup de foudre fraternel. Washington est impressionné par la franchise et la détermination de LA FAYETTE. En retour, La Fayette voit en son frère américain le père qu’il n’a pas eu. J’ajoute que leur qualité de maçon n’est pas pour rien dans leur entente immédiate.

La conquête de la gloire américaine se fait en plusieurs étapes :

Assez vite il estime que l’armée américaine manque d’équipement, d’armement mais aussi de discipline.
Le 11 septembre 1777, LA FAYETTE doit rejoindre avec une troupe de quelques centaines d’hommes le général Sullivan. Au cours du combat, LA FAYETTE parvient à remobiliser des hommes qui tentaient de déserter. Alors qu’une balle lui a traversé la jambe, il se remet en selle et continue à regrouper ses hommes. D’une bande de fuyards, il fait une troupe disciplinée et verse pour la première fois son sang pour la liberté.

En décembre 1777. dans le camp de Valley Forge, Pennsylvanie, LA FAYETTE partage les rudes conditions de vie des hommes. Il  reçoit le commandement d’une division, en récompense de sa conduite à Haddenfield où en simple mission de reconnaissance, il bat un groupe de 300 britanniques entraînés.

En janvier 1778, il reçoit l’ordre de prendre le commandement de l’armée du Nord (3000 hommes) pour libérer le Canada. Mais au lieu des 3000 hommes, il n’en reçoit qu’un millier. Il renonce immédiatement à l’incursion au Canada. A la frontière, des tribus indiennes se sont regroupées. LA FAYETTE se rend seul auprès des indiens, choisit de s’exprimer en français, et négocie un traité d’alliance avec les américains. Il est baptisé Kayewla, cavalier intrépide.

La France ayant signé en mai 1778, une alliance militaire avec les Etats-Unis. C’est lui que le Congrès américain envoie à Paris en janvier 1779 pour négocier des moyens supplémentaires.

En arrivant, LA FAYETTE est poliment assigné à résidence chez sa belle famille car il a enfreint un ordre du Roi. Mais il a déjà une réputation de héros et le tout Paris vient le visiter à l’hôtel des Noailles.

Il obtient du roi l’envoi d’un nouveau corps expéditionnaire en Amérique. Mais le roi lui préfère Rochambeau, plus expérimenté, pour commander cette troupe de 6000 hommes.

Restant durant toutes les batailles un général américain ne commandant aucunement les troupes françaises, il obtient une nouvelle victoire à Richmond contre le général Philips qui commandait les forces anglaises lors de la bataille où son père mourut. Après une dernière bataille à Yorktown, la capitulation anglaise est obtenue le 18 octobre 1780. LA FAYETTE écrit « L’humanité a gagné sa bataille, la liberté a maintenant un pays ».

4/ La Fayette et la Révolution française

A son retour en 1782, LA FAYETTE devient peu à peu un familier de la famille royale et est célébré par toute la Cour. Mais à partir de 1787, les relations avec le Roi se dégradent. Prenant exemple sur l’Amérique, LA FAYETTE critique la trop grande centralisation du pouvoir.

Le pays est en crise, et le gouvernement propose au roi de convoquer une Assemblée des notables, représentant les 3 ordres, afin de faire approuver les mesures destinées à sauver les finances de l’Etat. La dernière convocation équivalente remonte à 1626.

L’Assemblé se réunit le 22 février. LA FAYETTE s’illustre en demandant notamment, une diminution des impôts des plus pauvres compensée par une taxation du luxe, l’abolition des lois qui frappent les protestants (sa demande aboutit avec l’édit de tolérance), et appuie la convocation des états généraux pour voter ce que l’on appellerait aujourd’hui un plan de rigueur.

LA FAYETTE participe aux états généraux, comme élu de la noblesse mais soutenant systématiquement les propositions du tiers état. Il en résulte un positionnement extrêmement inconfortable durant toute la révolution, c’est-à-dire vu comme un traître en puissance par la noblesse, du fait de ses prises de positions, et par les révolutionnaires, du fait de sa situation d’aristocrate. Il milite pour une véritable assemblée exerçant le pouvoir. Il dépose le 11 juillet une déclaration des droits européens de l’homme et du citoyen » à l’Assemblée. Ce texte sert de base à la commission présidée par Sieyès qui fait adopter la DDHC le 26 août.

5/ Le sauveur de la Monarchie

En octobre 1789, Philippe d’Orléans fomente un complot destiné à ramener la Cour à Paris afin qu’elle soit sous la pression du peuple et de la Constituante. Il monte de toute pièce une manifestation de femmes venant demander du pain à Versailles, accompagnées de la garde nationale. LA FAYETTE arrive trop tard sur les lieux du rassemblement pour empêcher le départ. Il arrive à Versailles à minuit. Le calme semble revenu, il va se coucher, ce qui lui vaudra plus tard le surnom de général Morphée. Au lever du soleil le 6, des manifestants s’engouffrent à travers une grille entrouverte et pénètrent dans le palais. Leur objectif est de trouver Marie Antoinette, la reine étrangère, l’Autrichienne, accusée d’affamer le peuple. Face à la foule qui se regroupe dans la cour du palais, LA FAYETTE conseille au monarque d’accepter de rentrer à Paris. Le roi accepte et se fait alors acclamer au balcon. La foule demande ensuite à voir la reine. Des fusils sont braqués.

LA FAYETTE a cette idée moderne de mise en scène de la vie politique. Il accompagne la Reine sur le balcon et lui baise la main. Par ce geste, il sauve à la fois la Reine et le régime.

La fête de la Fédération, le 14 juillet 1790 est l’un des grands moments de gloire de La Fayette à la tête de la Garde Nationale. Cette fête marque l’alliance du roi, de la constitution et de la nation. Un amphithéâtre accueillant 200000 personnes, un autel de la patrie pour la messe sont installés sur le champ de mars. Après la messe, célébrée par Talleyrand, LA FAYETTE prononce le serment ; « je jure d’être à jamais fidèle à la nation, à la loi et au roi, de maintenir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le roi, de protéger, conformément aux lois, la sûreté des personnes et des propriétés, la libre circulation des subsistances, dans l’intérêt du royaume, et la perception des contributions publiques… de demeurer uni à tous les français par les liens indissolubles de la Fraternité.
Les fédérés prêtent serment au roi et le roi prête serment aussi : je jure à la nation d’employer le pouvoir que m’a donné l’acte constitutionnel de l’Etat à maintenir la constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par moi.

A ce moment, il pourrait prendre le pouvoir. Il a fait partir Philippe Egalité à Londres à l’issue de l’épisode de Versailles, il fait suspendre la publication de l’Ami du Peuple, qui appelle régulièrement à la violence, et fait arrêter Marat. Mais, même s’il éprouve une préférence pour la République, il pense à ce moment que l’urgent est de ramener l’ordre et de pacifier le pays, en donnant au roi un pouvoir équilibrant celui de l’Assemblée dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle. Le 11 février 1790, il fait arrêter 200 émeutiers, ce qui lui vaut les félicitations de l’Assemblée.

Mais il est dans une position de centriste intenable pour l’époque. Les aristocrates ne pardonnent pas à LA FAYETTE d’avoir obligé le roi à prêter le serment civique envers l’Assemblée. A l’opposé, les plus révolutionnaires n’acceptent pas son zèle à maintenir l’ordre public et à soutenir le régime.

Le 21 juin 1791, le roi fuit Paris, jouant un tour à LA FAYETTE. Danton demande le retour du roi ou la tête de LA FAYETTE, qui commence à être vu comme le complice de cette fuite. La Fayette  invente la fable d’un enlèvement du roi par des comploteurs il envoie un ordre général de recherche et d’arrestation sur tout le territoire. Lorsque le roi revient, LA FAYETTE et quelques gardes ont bien du mal à assurer sa protection. Les aristocrates ne lui pardonneront pas son acharnement contre le roi et les révolutionnaires pensent qu’il a laissé faire.

Le 17 juillet 1791, il perd ce qui lui reste de prestige auprès des révolutionnaires. Des pétitionnaires viennent déposer sur l’autel de la patrie au Champ de Mars une pétition pour la mise en accusation du roi. La foule se regroupe et cela tourne à l’affrontement général. La garde nationale qui tente de rétablir l’ordre est visée et tire sur la foule. Me Maire de Paris décrète la loi martiale. Mais cela n’arrête pas les attaques contre la garde. Pour faire cesser le tir, LA FAYETTE est obligé de se mettre physiquement devant un canon de la garde qui allait ouvrir le feu. Le 13 septembre il fait décréter une amnistie générale contre les émeutiers, mais il apparaît définitivement comme le soutien du monarque et démissionne quelques jours plus tard.

Un peu comme GW après la bataille contre l’Angleterre qui se retire en Virginie, LA FAYETTE se retire en Haute Loire. Son travail est accompli et il laisse à d’autres la lutte pour le pouvoir politique. Marie Antoinette fait échouer son élection comme maire de Paris, par rancune.

Il se fait élire chef de légion de la garde nationale et quand Louis XVI, sous pression de l’Assemblée, mobilise 350000 hommes, LA FAYETTE prend le commandement de l’armée de l’Est.

Très contesté à Paris, il montre sur le terrain ses capacités

Durant cette campagne militaire, il ne peut s’empêcher d’écrire à l’Assemblée pour faire passer une loi contre les clubs (jacobins et cordeliers) et préserver le pouvoir royal. A l’Assemblée, tout le monde veut sa tête. Il soutient le roi qui refuse de proscrire les prêtres réfractaires. Il est vu comme un général factieux en puissance. On fait courir des rumeurs sur une volonté de faire marcher ses troupes vers Paris. Robespierre déclara à l’Assemblée « Tant que LA FAYETTE sera à la tête des armées, la liberté sera en danger ». Le 16 août, alors que l’Assemblée est dissoute et le roi suspendu, les jacobins demandent son arrestation (pour sa fidélité au roi). Le 17 août son commandement lui est retiré. Le 19 son arrestation est ordonnée. Il essaie alors de déserter en atteignant un pays neutre, mais il est fait prisonnier par les autrichiens.

La République est proclamée le 21 septembre 1792. Les biens de LA FAYETTE sont saisis. Adrienne est arrêtée et demande à rejoindre son mari prisonnier à Olmütz avec leurs deux filles. Ils resteront 5 ans prisonniers dans des conditions extrêmes. Leur fils part chez GW.

Il est libéré le 19 septembre 1797, sous les assauts de Bonaparte.

Ses idées ne changent pas, il en veut toujours à ceux qui ont condamné le roi et condamne le coup d’Etat de Napoléon.

Ses relations avec Bonaparte sont celles d’une impossible amitié et d’une incompréhension grandissante. LA FAYETTE est un opposant toléré parce qu’éloigné. Joseph fait rencontrer LA FAYETTE à Bonaparte, à l’occasion d’un dîner célébrant le nouveau traité d’amitié entre la France et les Etats Unis. Bonaparte veut faire admettre à LA FAYETTE qu’après tout ce qu’ils ont vécu, les français ne sont plus si attachés à la liberté. Mais LA FAYETTE écrit à Bonaparte « c’est à vous de donner la liberté, c’est de vous qu’on l’attend ». Il suspend toute relation avec lui après la création de l’empire.

LA FAYETTE est l’homme d’une seule idée, la liberté, qu’il faut entendre comme la démocratie. Il refuse 2 fois un poste de sénateur, le conseil général de la Haute Loire, l’ambassade de France aux USA (au prétexte d’être citoyen américain), le poste de gouverneur de Louisiane (1803), la légion d’honneur (car il est contre cette institution).
Au moment du plébiscite de 1802 sur le consulat à vie, LA FAYETTE écrit sur le registre « je ne puis voter une telle magistrature jusqu’à ce que la liberté publique soit garantie. Alors je donnerai ma voix à Napoléon Bonaparte ».

6/ Le coup de grâce porté à l’Empire

Au moment des 100 jours, Napoléon a besoin d’une garantie démocratique et d’une caution morale comme LA FAYETTE. Mais ce dernier ne croit pas à la conversion démocratique de Napoléon. Il donne à cette époque sa définition de la démocratie en écrivant à Benjamin Constant « Il ne peut exister de liberté dans un pays, à moins qu’il n’y ait une représentation librement et largement élue, disposant de la levée et de l’emploi des fonds publics, faisant toutes les lois, organisant la force militaire et pouvant la dissoudre, délibérant à portes ouvertes dans des débats publiés dans les journaux ; à moins qu’il n’y ait une liberté de la presse soutenue par tout ce qui garantit la liberté individuelle ».

Après Waterloo, Napoléon revient à Paris et tente de reprendre les pouvoirs qu’il a accordés à la Chambre. La Fayette, élu alors député, présente une motion indiquant que l’indépendance de la nation est en danger, que la Chambre siège en permanence et que toute tentative de la dissoudre serait un crime de haute trahison. LA FAYETTE fait du départ de Napoléon un préalable à la discussion avec les puissances étrangères. Napoléon est contraint d’abdiquer.

7/ Lafayette le comploteur

Les 4 sergents de La Rochelle sont exécutés le 21 septembre 1822. Ils meurent car ils refusent de parler d’un complot dont ils ont connaissance. A cette époque, les sociétés secrètes se développent. La Charbonnerie est l’une d’entre elles, importée d’Italie par deux républicains. Son but est de travailler au renversement du gouvernement.
A la tête de la Charbonnerie, se trouve LA FAYETTE. Le complot est le suivant : organiser dans plusieurs villes des insurrections dans l’armée et prendre Vincennes et les Tuileries. Puis monter en Alsace un gouvernement provisoire mené notamment par LA FAYETTE. La date est fixée au 24 décembre 1821. Mais c’est la date anniversaire de la mort de sa femme, alors LA FAYETTE attend le 25 pour partir vers Belfort. Mais les choses tournent mal, une poudrière explose accidentellement à Vincennes ce qui provoque l’arrivée de renforts. Prévenu sur la route, il se cache chez un ami en Haute Loire et détruit les documents qu’il transporte.
Le général chargé de l’insurrection à Saumur échoue lui aussi et se cache à La Rochelle. 4 sergents d’un régiment, membres de la Charbonnerie, essaient de le protéger. Mais ils sont dénoncés par l’un des leurs, Goupillon, et refuseront de donner les noms des responsables du complot. LA FAYETTE a financé une tentative d’évasion des 4 sergents, qui échoue.

Pourquoi entre-t-il à cette époque dans la Charbonnerie ? Il est sans doute facilement convaincu par des projets visant à instaurer une démocratie. Il adhère également par une forme d’orgueil, puisqu’on lui fait entendre que sa simple participation garantira un soutien populaire à l’opération.

Battu aux élections de 1823 LA FAYETTE choisit de retourner aux USA où il est accueilli en héros.

Le 15 août 1824, il débarque à NY : 30000 personnes l’attendent au port. Les hommes chargés de sa protection sont les La Fayette’s guards, un corps militaire qui existe encore aujourd’hui. Il est l’invité officiel de James Monroe le président, pendant un an. Il est considéré par les contemporains comme un des funding fathers, au même titre que Lincoln ou Washington. Il est reçu officiellement par 132 municipalités, et par la grande Loge de Pennsylvanie, dont Benjamin Franklin fut GM. 37 loges américaines portent déjà son nom. Il refuse 200000$ et une terre de la part du Congrès. Il fait l’objet d’une gloire exceptionnelle car liée à la reconnaissance du peuple, et qui ne s’est pas abîmée dans l’exercice du pouvoir politique. Jamais une nation ne rendra un tel hommage officiel à un étranger.
Il repart un an plus tard, le 8 septembre 1825, avec une poignée de terre de la baie de Chesapeake qu’il voudra faire répandre sur son cercueil.

A son retour en France, la foule veut également saluer le héros des deux mondes mais la gendarmerie disperse vite les badauds.
Il se retire en Seine et Marne où une foule permanente vient le visiter. En juin 1827, il retrouve son siège de député. Charles X dit de lui « il n’y a que deux hommes qui n’ont pas varié du tout dans leurs idées depuis 1789, c’est moi et Monsieur de La Fayette ».

LA FAYETTE est l’âme de l’opposition libérale à la Chambre. Il défend une instruction nationale obligatoire. En 1829, il demande un élargissement du suffrage à tous les contribuables quel que soit le montant de l’impôt. Il fait un tour de France (et des loges) pour galvaniser les libéraux.
Après une dissolution et des élections ratées, Charles X publie le 26 juillet 1830 des ordonnances. Un ordre d’arrestation de LA FAYETTE est donné mais personne n’ose l’appliquer. Il remonte précipitamment à Paris. La Charte ayant été violée, il lui appartient de porter une nouvelle fois le coup de grâce au Régime. Les Charbonniers montent dans Paris des comités insurrectionnels dans chaque arrondissement et des délégations de citoyens se succèdent auprès de LA FAYETTE pour lui demander de reprendre le commandement de la Garde Nationale à 73 ans.

A ce moment là, il a entre les mains, pour la seconde fois, l’histoire de France. C’est à lui de décider de l’avenir. S’il veut faire proclamer la République, il peut en être le président immédiat. Mais se hisser au rang de GW français n’est plus ce qui l’anime à cette époque. Après en avoir tant vu, il se demande si la République est, à ce moment là, le meilleur régime politique pour la France. Il est ambitieux de gloire, non de pouvoir. Il se préoccupe donc uniquement de protéger le peuple de Paris. Malgré le retrait des ordonnances, les partisans de la monarchie constitutionnelle, Adolphe Thiers en tête, commencent à placarder des affiches faisant appel au duc d’Orléans.

LA FAYETTE se rallie au duc d’Orléans. Un conflit éclate entre la Municipalité et la Chambre pour savoir comment l’annoncer au peuple. C’est LA FAYETTE qui arbitre. Le 31 juillet, à 14h, le fils de Philippe Egalité se rend à cheval vers l’hôtel de ville, en uniforme de général et arborant la cocarde tricolore. Il vaut une caution populaire que seul LA FAYETTE peut lui donner. Il se présente à lui comme un ancien de la garde nationale qui va voir son commandant. LA FAYETTE prend le duc par un bras, le drapeau de l’autre, va au balcon et prend le prince dans ses bras  et l’enserre dans les plis du drapeau tricolore. Quelle modernité médiatique, là encore.

On dit que LA FAYETTE est un républicain qui a fait un roi. C’est vrai sur le plan médiatique mais il n’est pas le chef de file des orléanistes. Sur le moment, il a considéré que c’était le moyen d’éviter une révolution longue sanglante et incertaine. Ce qu’il veut en 1830, c’est faire retirer les ordonnances, chasser le gouvernement, revenir à l’esprit de la Charte en élargissant son socle démocratique. A l’époque Orléans est le mieux placé : il est roi des français, accepte le drapeau tricolore, renonce au sacre à Reims. Il tient son pouvoir d’une décision parlementaire, et il incarne programme de l’hôtel de ville proposé par ses fidèles.

Mais La FAYETTE poursuit sa quête démocratique. Le 7 août, il demande la suppression de l’hérédité à la Chambre des pairs, le 17 août l’abolition de la peine de mort, puis de l’esclavage, et demande un monument à la gloire des 4 sergents de La Rochelle ainsi que leur transfert au Panthéon. En décembre 1830, le commandement de la garde nationale est décentralisé, il perd donc tout pouvoir. Il démissionne.

Il continue à lutter pour toutes les causes : l’indépendance de l’Irlande et de la Belgique. Il est réélu député de Meaux en 1831, et il est également élu à Strasbourg alors qu’il ne s’y présente pas… Il tente de faire réduire à 15 ans le mandat des pairs.

En mai 1832, il participe à un banquet où on boit à la République. A près une manifestation sévèrement réprimée, il démissionne de son mandat de maire et de conseiller général qu’il tient du pouvoir.

Ses deux dernières années, il devient un opposant acharné du régime. Il meurt le 20 mai 1834. Des obsèques nationales sont organisées le 22 mai. La sécurité publique est confiée à l’armée pour éviter tout débordement. Des tenues funèbres sont organisées dans la plupart des Loges. Un drapeau américain est placé à côté de son tombeau.

8/ Lafayette Franc Maçon

Il est initié à la Loge La Candeur. Il lit Rousseau, Montesquieu, et il rêve d’Amérique à travers les écrits de l’abbé Raynal. Il fréquente aussi « Les neufs sœurs » que Benjamin Franklin présidera. Il visite aussi des Loges durant ses voyages aux USA, notamment des loges qui rassemblent des militaires français et américains. C’est sa femme qui a brodé le tablier de GW qui est aujourd’hui exposé à Philadelphie.

Il s’oppose à Philippe Egalité, duc d’Orléans, pourtant GM du GODF, mais qui acceptera en 1793 la dissolution de l’Obédience car en République il n’y a pas besoin de sociétés secrètes.

Napoléon ayant la main sur les loges, il ne les fréquente pas beaucoup durant l’Empire.

En revanche son dernier voyage aux USA lui permet d’accéder au 33ème degré du REAA. Et il est nommé représentant (« garant d’amitié ») du suprême conseil des USA auprès du suprême conseil français.

Mais surtout, il reste fidèle toute sa vie aux principes de tolérance, d’égalité et de fraternité, comme en témoigne sa position sur l’esclavage. Entre 1785 et 1786, il fait des visites en Europe en rendant compte à GW. Il aborde notamment dans ces courriers la question des esclaves. Il propose à GW de s’associer à lui pour constituer un centre agricole où les esclaves s’habitueraient progressivement à la liberté. Il achète une terre en Guyane où il enseigne aux anciens esclaves à cultiver la café, la cacao, la canelle, afin qu’ils deviennent des exploitants agricoles. Il appelle l’exploitation La Gabrielle. Le paradoxe est qu’à la révolution, les biens de LA FAYETTE seront confisqués et la Convention revend les esclaves !! Il crée également en Auvergne une fabrique de tissage avec une école pour apprendre le métier aux hommes comme aux femmes.

On le trouve souvent hésitant, incapable de jouer les grands rôles, naïf. Pourtant, à une époque marquée par des retournements d’attitudes spectaculaires, il maintient toujours le même cap : la défense de la liberté. Sa vie s’articule autour de la défense de tous les opprimés : les insurgents, les noirs, les indiens d’Amérique, les protestants, les juifs. A la limite, s’il avait exercé le pouvoir, son combat aurait perdu de sa pureté.

Il maîtrise la communication avec une grande modernité, quitte à en faire un peu trop et à apparaître trop idéaliste, ou trop romanesque.
Chateaubriand dit de lui « aucune souillure ne s’est attachée à sa vie. Il était affable, obligeant, généreux ».
Odilon Barrot écrit « Ses défauts sont les exagérations de ses qualités »

Quand on pense que l’époque moderne n’a rien trouvé de mieux que de donner le nom de cet homme de valeurs à des galeries commerciales, au temple des marchands, on se dit qu’il n’est pas bon de mourir célèbre.