Actualités du combat laïque (février 2013)

SMonster2Ce mois-ci dans l’actualité du combat laïque : coup de projecteur sur les pastafarians qui protestent d’une façon originale contre l’enseignement du créationisme, refus du financement des lieux de culte dans le limousin,  déclaration pro-laïques au Maroc,  progression vers un mariage laïque au Liban, progression de la pensée laïque au Quebec en opposition aux accommodements raisonnables et décision de justice pro laïque de la Cour Européenne des Droits de l’Homme contre Autriche.

– Si certes 78% des américains mettent à égalité la théorie le darwinisme et le créationnisme, il est rassurant de constater que 22% ne croient pas au second, et ne cèdent pas au bourrage de crane qui leur est imposé. Il y a aux Etats-Unis depuis quelques années une réaction importante qui se concrétise dans le pastafarisme, l’Eglise du Flying Spaghetti Monster. L’histoire commence en juin 2005, à la suite de la décision de l’Etat du Kansas d’enseigner l’intelligent design dans les classes de science, Bobby Henderson, citoyen concerné, envoie une lettre ouverte dans laquelle il déclare tout de go qu’il ne faudrait pas s’arrêter en si bon chemin, et qu’il faudrait également enseigner dans les classes de science la théorie selon laquelle l’univers a été créé par un Monstre de Spaghetti Volant, s’appuyant en cela sur la loi américaine reconnaissant l’égalité entre toutes les religions. Les pastafaristes n’ont pas les moyens des créationnistes mais nombre de scientifiques les soutiennent. Mouvement dadaïste ? Leurs explications se revendiquent aussi farfelues que celles des créationnistes. Ils se battent et obtiennent des résultats y compris au niveau législatif.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Pastafarisme
http://www.venganza.org/

– Financement public des ostensions limousines :
le Conseil d’Etat rejette les pourvois des confréries et associations catholiques
La loi de 1905 interdit tout financement public des cultes !
http://www.fnlp.fr/spip.php?article847

– L’écrivain marocain Abellatif Laâbi conclut son essai « Un Autre Maroc » aux Editions de la Différence http://www.ladifference.fr/-Nouveautes-.html?livre=2896#livre2896 (parution Mars 2013) par une vibrante déclaration en faveur de la Laïcité et des libertés individuelles. Il écrit : « si je décidais de reposer en terre de mon cher pays, mes dernières volontés pourraient elles être respectées ? Aurais-je droit, comme je le souhaite vraiment, à une cérémonie laïque, sans l’intrusion des rites religieux ? Juste quelques poèmes en guise de prière…..

– Ça bouge aussi au Liban, qui compte dix huit communautés religieuses. En effet le mariage civil, soutenu par le président en exercice Michel Sleimane, pourrait voir le jour. On en parlait déjà dans les années 50. En fait les communautés ont chacune leur propre droit privé. Autant dire qu’un mariage mixte est impensable à moins d’aller à l’étranger. Quant aux dignitaires musulmans qui approuveraient un mariage civil ils seraient déclarés apostat et traîtres. Malgré cela un jeune couple, Chiite et Sunnite, s’est symboliquement marié civilement avant de demander au ministre de l’intérieur de reconnaître son union. Nidal et Kholoud réveillent ainsi le mouvement laïc libanais.
http://www.tv5.org/cms/chaine-francophone/info/Les-dossiers-de-la-redaction/Liban-2013/p-24394-Mariage-civil-au-Liban-le-combat-d-un-couple.htm

– Dans « le Monde Culture et idées », un article de Frédéric Joignot, la « Laïcité sur le qui-vive » mentionne : « on voit qu’en France les moindres arrangements entre religions minoritaires et République qui sont courants dans plusieurs pays sont jugés contraires à la laïcité ». Il cite en exemple les Etats Unis et le Canada –( mais il se trouve aujourd’hui au Québec un courant d’opinion réclamant une Laïcité à la française)– qui ont au nom de l’égalité et des libertés, de la non discrimination pour différence religieuse, accepté des « ajustements concrets ». La contrepartie avec les dits « arrangements » est selon leurs partisans, fondée sur des accommodements dits « raisonnables ».
Le Québec, justement, on en parle dans LA VIE du 08/02/13. Le gouvernement provincial a en effet promis une « Charte de la Laïcité ». Elle est destinée à s’opposer à la conception anglo-saxonne valorisant les communautarismes religieux, qui, eux, s’appuient sur une « Charte des Libertés » avec valeur constitutionnelle.

– La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a rendu, ce 19 février, son jugement dans l’affaire « X et autres vs. Autriche » en décidant en faveur des plaignantes. La Cour a décidé que le code civil autrichien est discriminatoire vis à vis des couples de même sexe puisqu’il rend l’adoption de l’enfant biologique d’une personne par sa ou son partenaire de même sexe légalement impossible, alors que le code civile autorise l’adoption de l’enfant du/de la partenaire pour les couples hétérosexuels non-mariés. Le cas concerne un couple de femmes autrichiennes et l’enfant biologique de l’une des plaignantes, né en 1995 et issu d’une union hétérosexuelle antérieure (hors mariage). Le couple a déposé une demande d’adoption en 2005 pour la compagne de la mère biologique afin de créer un lien légal entre celle-ci et l’enfant, qui est sous la garde exclusive de sa mère et qui est élevé dans le foyer où les deux femmes vivent ensemble. La demande d’adoption a été rejetée par le tribunal de district autrichien parce que, selon le code civil autrichien, un enfant ne peut avoir que deux parents de sexe différents. En cas d’adoption par une partenaire de même sexe, la mère adoptante remplacerait donc la mère biologique. Après plusieurs rejets par le tribunal de disctrics et la Cour suprême, le couple de femmes se sont tournées vers la CEDH en argumentant qu’elles avaient été victimes d’une discrimination fondée sur leur orientation sexuelle car, selon elles, « il n’existait aucun motif raisonnable et objectif propre à justifier que l’on ouvre l’adoption co-parentale aux couples hétérosexuels – mariés ou non – mais qu’on l’interdise aux couples homosexuels ».La requête a été introduite devant la Cour européenne des droits de l’Homme en avril 2007. Une audience de Grande Chambre a eu lieu à Strasbourg le 3 octobre 2012. Le jugement est enfin arrivé, le 19 février de cette année, après six ans de procédure à la CEDH. La Cour a « estimé que la différence de traitement opérée entre les requérantes et un couple hétérosexuel non marié dont l’un des membres aurait souhaité adopter l’enfant de l’autre était fondée sur l’orientation sexuelle des requérantes. »  Bien qu’elle reconnaît le droit d’un pays membre de l’Union européenne à chercher « la préservation de la famille au sens traditionnel du terme » qui constitue, selon elle, « en principe un but légitime apte à justifier une différence de traitement, de même que la protection de l’intérêt de l’enfant », elle a jugé que le gouvernement autrichien n’avait pas fourni de preuves suffisantes dans ce sens. C’est pourquoi elle considère que « la distinction opérée par le droit autrichien est discriminatoire. En conséquence, il y a eu violation de l’article 14 combiné avec l’article 8. » L’Autriche est ainsi condamné par la CEDH à verser conjointement aux requérants 10 000 euros pour dommage moral et 28 420, 88 EUR pour frais et dépens.
http://p8.storage.canalblog.com/84/03/859116/83947954.pdf