Eugène Bullard : L’histoire d’un véritable héros Français

eugene-bullardEugène Jacques Bullard né le 9octobre1895, Colombus, Géorgie, États Unis d’Amérique, est le premier pilote de chasse noir ayant combattu durant la Première Guerre mondiale.

Son père, William, est né esclave. Son grand-père paternel d’origine martiniquaise est né sur la propriété Bullard. Après l’émancipation des esclaves William avait prit le nom de son ancien maître tel était l’usage aux Etats unis.

William a reçu une éducation élémentaire du neveu de son ancien maître un docteur qui avait voyagé en Europe.

Eugène était intellectuellement précoce suivant une scolarité normale jusqu’au jour ou il a été témoin d’une tentative de lynchage de son père.

A partir de cet événement, il a commencé à rêver de ce pays dont son père lui avait tant parlé, un pays ou tous les hommes étaient traités équitablement qu’elle que soit la couleur de leur peau

Afin d’échapper aux discriminations raciales, Eugène quitte le foyer familial vers l’âge de huit ans avec l’intention d’aller en France. Pour se faire, il vend la chèvre de son père pour 1,5 dollar.

Il passe deux années d’errance avec des gens du voyage, avec lesquels il apprend l’équitation.

En 1911, il se stabilise à Dawson chez la famille Turner, pour lesquels il est garçon d’écurie puis jockey, situation qu’il jugeait transitoire.

En 1912, Eugène embarque clandestinement depuis Norfolk en Virginie à bord d’un bateau à vapeur allemand pour l’Écosse.

Au Royaume-Uni, il travaille comme cible vivante dans une foire de Liverpool et prend des cours de boxe.

Il combat à Londres et s’engage parallèlement dans la troupe de vaudeville de l’Afro-Américaine Belle Davis. En 1913, il dispute un combat à l’Élysée Montmartre. C’est à l’occasion de ce voyage à Paris qu’il décide d’y vivre, et poursuivre sa carrière de boxeur.

Mais quelques mois plus tard, les événements qu’il ne comprenait pas très bien allaient bouleverser son plan. Il aurait pu retourner à Londres mais il avait fuit l’Amérique pour la France, alors ce n’est pas une guerre, qui selon les connaisseurs allait durer quelques mois tout au plus, qui le chasserait. Il décide donc de rester en France.

Le 19 octobre 1914, en se vieillissant d’un an il s’engage dans la Légion étrangère française pour participer à la Première Guerre mondiale. Matricule 19/33.717, il est affecté au troisième régiment de marche, et est aussitôt envoyé dans la zone de combats. Le 13 juillet 1915, il rejoint le deuxième régiment de marche.

Sur intervention de leur Ambassadeur, les survivants de nationalité américaine étaient autorisés, s’ils le souhaitaient, à quitter la légion pour rejoindre d’autres unités de l’armée régulière. Eugène ne voulait pas manquer l’occasion de combattre au milieu des français.

Il est ainsi intégré au 170e régiment d’infanterie française. Il participe aux combats sur la Somme, en Champagne et à Verdun, où il est grièvement blessé à la cuisse le 5 mars 1916.

En convalescence à Lyon, protégé par la famille Nesme, il est cité à l’ordre du régiment le 3 juillet 1916, et se voit décerner le 14 juillet la croix de guerre.

Eugène, déclaré inapte pour l’infanterie, mais désireux de continuer à se battre, est admis le 2 octobre 1916 dans l’aéronautique française en qualité de mitrailleur.

Après un stage de mitrailleur à Cazaux, il obtient d’être nommé élève-pilote.

Il est formé à l’école de Dijon, puis à Tours. Après son stage de perfectionnement à Châteauroux il est nommé caporal et termine sa formation au camp d’Avord près de Bourges au mois de juillet 1917.

Plus tard, il sera affecté au 5e groupe de Chasse, à l’escadrille N 93, puis à l’escadrille N 85, dans l’armée de l’air française.

Il effectue une vingtaine de missions aériennes et devient ainsi, avec le Turc Ahmet Ali Celikten, qui combat dans l’armée Allemande, l’un des deux premiers pilotes de chasse noirs de l’histoire.

Il vole avec sa mascotte, son singe «Jimmy». Il réussit à abattre deux appareils ennemis. La devise inscrite sur le fuselage de son avion était « tout sang coule rouge ».

En août 1917, lors de l’entrée en guerre des États-Unis, les pilotes Américains servant dans le Lafayette Flying Corps, qui était une unité française, étaient intégrées dans l’aviation américaine. Mais Bullard est refusé à cause de sa couleur de peau.

Le haut commandement américain envoi une note à l’état major français dressant une liste d’aptitude de 28 aviateurs, 27 étaient promus capitaines le 28ème Eugène était nommé sergent. La note précisait que pour être reçut navigant dans l’armée américaine il faut être au moins lieutenant. Eugène resta donc dans l’armée française.

Sous le prétexte d’une bagarre avec un adjudant français qui l’avait insulté lors d’un retour de permission, Eugène est déclaré le 16 novembre 1917 médicalement inapte au vol.

Cette décision à été prise sous pression d’Edmund Gros, un médecin américain raciste, chargé d’organiser l’aéronautique américaine. Il écrivait au quartier général Américain :

« L’affaire BULLARD s’est réglée d’une manière tout à fait admirable. Figurez-vous que cet ancien boxeur a eu la mauvaise idée d’assommer un adjudant français, ce qui lui a valu 10 jours de prison. Et il a même écopé de 20 jours supplémentaires pour avoir illégalement porté la fourragère de la Légion à laquelle il n’avait pas droit. Le résultat : une radiation de l’aviation française et un retour aux tranchées. Dans ces conditions, vous considérerez, bien sûr, que cet énergumène est moralement inapte à faire partie de l’armée des Etats unis et vous le rejetterez sur ce seul motif. Voilà au moins un nuage sombre qui disparaît de notre horizon ! » .

Le 11 janvier 1918, Bullard est réaffecté au 170e régiment d’infanterie française, et sert au camp de La Fontaine du Berger près d’Orcines, dans le Puy-de-Dôme jusqu’à l’armistice de 1918.

Démobilisé, il se fixe à Paris et travail comme mécanicien.

Élève de Louis Mitchell, il devient batteur de jazz dans des night clubs de Pigalle. D’abord chargé d’animer le cabaret de Joe Zelli, rue Fontaine, il reprend ensuite Le Grand Duc.

Il y travaille avec les chanteuses Florence Jones puis Ada Smith.

Ce cabaret rencontre un grand succès, mais Eugène Bullard le revend au début des années trente, pour ouvrir un bar, L’Escadrille, toujours rue Fontaine. Ce bar fait de lui l’une des figures majeures du jazz et des nuits parisiennes de l’entre-deux-guerres.

Eugène créé également un gymnase 15 rue Mansart.

Il se marie le 17 juillet 1923 avec Marcelle Straumann, qu’il présentera dans ses mémoires comme une aristocrate. Elle est en réalité la modeste fille d’un employé de commerce alsacien. Ensemble, ils auront deux filles, Jacqueline et Lolita, et un garçon, mort en bas âge.

Le 5 décembre 1935, ils divorcent, Marcelle ayant abandonné le domicile conjugal sans laisser d’adresse. Eugène obtient la garde de ses deux filles. Son activité dans les boîtes de nuit lui donne l’occasion de se faire des amis célèbres, parmi les lesquels Joséphine Baker, Louis Armstrong ou Langston Hughes.

A Paris, Eugène est en butte à de nombreuses attaques racistes de la communauté américaine de Paris qui ne lui pardonne pas d’avoir été pilote de chasse. Plusieurs articles diffamatoires sont publiés contre lui. Il est également victime de plusieurs agressions verbales ou physiques.

En 1928, le Mémorial La Fayette est inauguré à Marnes-la-Coquette par Edmund Gros qui projette de faire graver les noms des pilotes du La Fayette Flying Corps à l’exception de celui de Eugène. Cette proposition provoque un tollé parmi les anciens pilotes américains, compagnons d’armes de Eugène. Finalement, seuls les noms des aviateurs morts au combat seront inscrits sur le monument.

En 1939, au commencement de la Seconde Guerre mondiale, Eugène, qui parle allemand, est recruté par l’inspecteur Georges Leplanquais, du service de contre-espionnage de la Préfecture de police, pour surveiller les agents allemands fréquentant son bar parisien L’Escadrille. Dans cette tâche, il fera équipe avec une jeune femme qui se fait appeler Cleopâtre Terrier.

Le Bar et le gymnase ferment par manque d’activité. Eugène entre au service d’une riche américaine comme majordome à Neuilly, tout en continuant ses activités pour le contre espionnage.

Quelques mois plus tard sur ordre de contre espionnage, il revient à Paris et rouvre le bar. Il est dénoncé aux Allemands. Le service prend en charge la sécurité de ses filles, mais lui doit quitter la France par ses propres moyens.

Après l’invasion de la France par l’Allemagne nazie en 1940, Eugène décide de réintégrer l’armée. Incorporé comme mitrailleur dans le 51e régiment d’infanterie a Orléans, il participe le 15 juin 1940 aux combats pour défendre la ville. Blessé le 18 juin 1940 dans le village de l’Indre Le Blanc à la colonne vertébrale et à la Tête, il est exfiltré en Espagne. Le 12 juillet 1940, il est évacué aux États-Unis.

Il arrive à New-York le 18 juillet 1940, âgé de 45 ans. Trop vieux pour s’engager, et sans argent pour vivre, il prend un emploi d’agent de sécurité à Brooklin. Il sera ensuite manutentionnaire sur un chantier naval.

Une fois ses filles exfiltrées à leur tour, grâce à l’intervention de l’ancien ambassadeur à Paris, Eugène est hospitalisé quelque temps à New York, pour soigner sa blessure. Affrontant de nouveau la ségrégation, Eugène, dont les exploits sont ignorés ou minimisés, devient un ardent militant de la France Libre à travers l’organisation gaulliste France Forever.

Il exerce différentes activités professionnelles, notamment vendeur en parfumerie. Mais les séquelles de sa blessure dorsale restreignent ses activités.

Le 4 septembre 1949, à de New York, Eugène assiste à un concert organisé au bénéfice du mouvement pour la défense des droits civiques des minorités raciales. Des membres de partis d’extrême droite attaquent les spectateurs, et une caméra d’actualités filme la scène. On y voit Eugène battu par 2 agents de police, un militaire et un civil.

Le film est largement diffusé. Mais aucune poursuite n’a été engagée contre les extrémistes.

A la fin de 1950, Grâce à une indemnité du gouvernement français, il revient à Paris et tente vainement de remonter un night club. La situation avait changée. Ne pouvant se réinstaller à Paris, il voyage quelque temps en Europe, servant de traducteur et d’homme de confiance à Louis Armstrong. De retour à New York, il achète un appartement dans le quartier de Harlem.

Durant les années 1950, Eugène est comme un étranger dans son propre pays natal. Ses filles sont mariées, et il vit seul dans son appartement, lequel est décoré de photos des célébrités qu’il a connues. Une boîte encadrée contient ses quinze médailles de guerre françaises.

En 1954, le gouvernement français l’invite Eugène à Paris pour ranimer, avec deux français, la flamme de la tombe du soldat inconnu sous l’Arc de triomphe.

En avril 1960, il est fait Chevalier de la Légion d’honneur par le général Charles de Gaulle qui le qualifie de véritable héros français.

Malgré cela, il passe les dernières années de sa vie dans un relatif anonymat et dans la pauvreté à New York où il meurt d’un cancer de l’estomac, le 12 octobre 1961.

Il est enterré dans son uniforme de légionnaire, avec tous les honneurs militaires par des officiers français dans la section des vétérans de la guerre française du cimetière de Flushing, dans le Queens.

En 1972, ses exploits comme pilote de combat sont publiés dans le livre (L’incroyable histoire d’Eugene Jacques Bullard, le premier noir aviateur de combat) écrit par P.J. Carisella, James W. Ryan et Edward W. Brooke (Marlborough House, 1972).

Le 15 septembre 1991, trente ans après sa mort, et soixante-quatorze ans après son rejet par l’U.S. Service en 1917, Eugène est promu à titre posthume au grade de sous-lieutenant de l’Air Force grâce à l’intervention de Colin Powell.

En 2006, le film Flyboys fait de Eugène à tort un membre de l’escadrille La Fayette alors qu’il n’a jamais appartenu à cette unité, dans ce film, Abdul Salis incarne Eugène Skinner, le rôle inspiré par Bullard.

Le 12 avril 2012 un protocole franco-américain a été signé au ministère français de la Défense pour une célébration commune du centenaire de la Première Guerre mondiale autour du Mémorial La Fayette de Marnes-la-Coquette, ce qui pourrait être l’occasion, pour les deux pays, de rendre enfin un hommage appuyé à Eugène Bullard, dont le cinquantenaire de la mort, en octobre 2011, a été passé sous silence.

Décorations d’Eugène Jacques Bullard.

  • Chevalier de la légion d’honneur
  • Médaille militaire Croix de guerre 1914-1918
  • Croix de guerre 1939-1945
  • Croix du combattant volontaire 1914-1918
  • Médaille commémorative de la guerre 1914-1918
  • Médaille Interalliée 1914-1918, dite de la Victoire
  • Médaille commémorative de la guerre 1939-1945