Travaux

Améliorer l’Homme et la société n’implique-t-il pas de placer parmi les priorités l’établissement d’un équilibre plus acceptable ente les pays riches et les pays pauvres ?

Voici une question qui de prime abord pourrait apparaître triviale, à ranger aux côtés d’un référendum « pour ou contre les droits de l’Homme », tant une réponse par l’affirmative semble inévitablement induite par l’énoncé même de la question. Et pourtant…

Et pourtant, quel sens donnons nous à l’amélioration de l’Homme et de la société ? Voulons nous y voir la seule généralisation du modèle économique dominant dans les sociétés occidentales ? La mise à disposition des technologies de pointe, tout en en restant les seuls propriétaires, et sans fournir les outils permettant leur appropriation par les populations locales et leur meilleure adaptation aux spécificités locales? Admettons nous que l’homo consumeris est la quintessence de l’espèce ? C’est sur cette voie que nous pousse, par exemple, la loi relative au rôle positif de la colonisation. Ou alors, préférons nous le modèle de l’homo réellement sapiens, se basant sur le respect de chacun dans ses différences et ses aspirations, un modèle  au sein duquel la technologie se ferait vecteur de progrès en se mettant au service de l’Homme et de la société ?

Oui.. Et pourtant, n’aspirerait-on réellement qu’à la mise en place d’un équilibre « plus acceptable », un équilibre à minima en quelque sorte, entérinant le fait que certain pays sont nécessairement riches, et d’autres nécessairement pauvres ? Nous fixerions nous comme objectif, sous couvert de pragmatisme économique, d’arriver à une forme d’équité dans les échanges, au détriment de l’égalité ?

Les bases humanistes de la Franc Maçonnerie et nos aspirations à un changement profitable à chaque être humain nous invitent à exprimer une préférence forte pour le modèle de l’homo réellement sapiens et la mise en place d’échanges justes et égaux. Dés lors, la véritable question ne semble plus tant porter sur la définition du but que sur les moyens à mettre en place pour l’atteindre.

L’inégalité, et même l’iniquité, des rapports entre états, peuples et individus saute aux yeux. Le libéralisme économique instaure, de facto, la loi du plus fort, élevant ceux qui sont déjà haut, rabaissant encore un peu plus ceux qui sont déjà trop bas. Pire il crée les conditions du cynisme qui pousse les pays riches à organiser la misère : déréglementations successives de la marine marchande faisant passer un travailleur Philippin pour trop cher (enfin… en comparaison à son voisin Chinois, socialement moins protégé), maintien des cours des produits agricoles artificiellement bas, ne permettant la subsistance des paysans que dans les pays suffisamment riches pour pouvoir subventionner la production, conditionnement de l’accord de prêts aux pays pauvres par les pays riches à une plus grande libéralisation, bien souvent au détriment du social, etc. …

Pour améliorer cette situation, deux types d’actions sont à envisager : les brèches béantes doivent urgemment être colmatées par des actions à court terme, tandis que doit, dans le même temps, être entrepris un travail de long terme visant à assurer aux pays pauvres une juste place au sein de l’économie mondiale.

Principaux organisateurs du rafistolage international, les ONG tentent de combler les carences gouvernementales par des actions au plus près du terrain. Si ces organisations attirent généralement la sympathie, voir même forcent le respect, de par leurs actions et les causes qu’elles défendent, une distinction doit néanmoins être effectuée entre les ONG prosélytes de tous bords (qui se font vecteur de promotion de la politique étrangère du pays d’origine) et celles plus authentiques (oeuvrant généralement pour l’amélioration tant matérielle que spirituelle et morale des habitants des pays où elles sont implantées). L’existence même de la première catégorie  n’est pas sans soulever des questions… Question de l’instrumentalisation des ONG (par des états, tels les Resto du cœur par l’Elysée, ou par d’autres organisations, philosophiques ou autres, tel la croix rouge par l’Opus Dei). Question des sources de l’engagement (charité, aide au développement, bonne conscience donnée au capitalisme, …). Ou encore, et non des moindres, question de leur efficience. Certains, en effet, voient en elles des faiseurs de révolutions, des soutiens à toutes les formes d’opposition. D’autres voient en elles des agents favorisant de l’immobilisme : montrant que les régimes en place ne sont pas incompatibles avec l’amélioration des conditions de vie, aussi épsilonesques ces améliorations soient-elles, elles porteraient atteinte aux aspirations de changement des habitants de ces pays. Pour légitimes qu’elles soient, ces questions n’éclipsent pas la véracité de l’engagement des ONGistes et la générosité des sentiments qui les meuvent : placés entre le marteau et l’enclume, ces femmes et ces hommes, ont au moins le mérite de vouloir aider leurs semblables.

Dans le domaine du long terme, les principaux acteurs sont les pays riches eux-mêmes. Les fonds que ceux-ci débloquent au titre du développement sont-il pour autant un gage de leur  souhait de contribuer à l’amélioration des conditions de vie dans les pays pauvres? De leur volonté d’instauration d’une forme d’égalité dans les échanges ? Non, ces aides semblent plutôt empreintes d’une volonté de retour sur investissement : tantôt pour éviter une catastrophe sanitaire (qui risquerait de s’étendre jusque dans les pays riches), tantôt pour favoriser la mise en place de réformes plus libérales dans le pays (condition sine qua none à l’obtention de prêts), ou bien encore afin de favoriser l’implantation d’entreprises du pays « donneur » (lorsque ces faveurs ne sont pas obtenues, de façon encore moins licite, via corruption). Et d’ailleurs le montant même de ces fonds ne suffit-il pas à nous indiquer que l’amélioration de pauvres et des sociétés où ils sont les plus nombreux ne fait pas partie des priorités des libéraux ? Le constat est malheureusement amère : le libéralisme économique a besoin de pauvres : historiquement, la traite des noirs, bien qu’impliquant les chefs de tribu, n’a pas été initiée par les Africains. De même aujourd’hui, les pays riches ont-ils leur intérêt à pouvoir produire de nombreux biens de consommation courante dans des pays où, pour parler économiquement correct, les charges sont moins élevées.

Assurément, si l’on vise à instaurer des échanges justes et égaux entre pays riches et pauvres, le libéralisme économique semble définitivement plus faire partie du problème que de la solution… Mais alors, de quels outils se doter pour parvenir à l’instauration d’échanges justes et égaux, à faire triompher le modèle de l’homo réellement sapiens sur celui de l’homo consumeris ?

En se positionnant à un niveau interpersonnel, le premier pas se doit d’être un changement profond des mentalités et des attitudes, nous permettant de voir, d’écouter la souffrance et la misère de l’autre, de ne plus considérer l’aide que l’on peut lui apporter comme de la charité, mais comme une réelle main tendue visant à le faire monter à notre niveau.

Du point de vue des relations internationales, il est nécessaire de permettre aux pays dits pauvres d’accéder à une véritable autonomie. Celle-ci, afin de pouvoir porter pleinement ses fruits se doit d’être avant tout politique, afin de permettre, à terme, une autonomie énergétique et un accès à des ressources aussi primordiales que l’eau.

Pour nous, l’amélioration de l’Homme et de la société ne saurait cependant se limiter à sa dimension matérielle, et doit se doubler d’une amélioration spirituelle, en visant à rendre chacun plus juste et parfait, afin que la société dans son ensemble soit plus juste et plus parfaite. A ce titre, la problématique des moyens à mettre en œuvre pour parvenir à l’amélioration matérielle, via la remise en cause du capitalisme, peut renvoyer à la symbolique des outils.

 

 

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